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Excelsior - 16 août 1925

Excelsior 1925 08 16 art 02 Ev Lavallière actrice qui se retire de la vie publique

Excelsior 1925 08 16 Page 02

Mme EVE LAVALLIÈRE, qui fut longtemps l'étoile des Variétés, dont elle avait épousé le directeur, M. Samuel, fait beaucoup parler d'elle en ce moment. On sait que cette actrice, ayant renoncé au théâtre en 1915 pour entrer au couvent des Carmélites, n'a pu être admise au noviciat et s'est retirée dans une grande maison, dans un petit village de deux cents habitants, dans les Vosges. Elle s'est à peu près cloîtrée dans sa vaste villa, où elle se livre à la prière et à la pénitence. Elle ne reçoit personne, et un de nos confrères, M. Maurice de Waleffe, se trouvant en excursion dans le pays, n'a pu franchir la porte de la convertie, et s'est vengé, si on peut dire, comme se vengent les journalistes, en écrivant un intéressant article où il donne cent détails intimes sur la manière de vivre de la recluse volontaire. Il a même interviewé le curé de la paroisse, qui est en même temps le confesseur de l'ancienne chanteuse d'opérette, et qui a fait l'éloge de sa pénitente, dont il a vanté « la pureté de cette âme d'élite ».
Là-dessus, profitant de l'été, où l'actualité chôme, des centaines d'articles ont commenté la chronique de M. Maurice de Waleffe. Si Mme Lavallière recherche le silence, elle est bien mal servie, pour une fois. Pour si peu que cela continue, l'actrice parisienne deviendra une sorte de sainte. Cela ne serait pas la première fois qu'une comédienne serait canonisée par l'Eglise.
La première fut une actrice d'Antioche qui avait autant de beauté que de talent; elle vivait au cinquième siècle et se convertit; elle mourut dans la vertu la plus sévère, et l'Eglise l'a canonisée sous le nom de sainte Pélagie; on célèbre sa fête le 8 octobre. Son histoire, publiée en 1847 chez Desloges, par un «ancien acteur», contient des détails les plus curienx et les plus intéressants.
Les annales dramatiques parlent assez longuement d'une autre actrice, Mlle Gaultier, qui jouait, au Théâtre-Français, les premiers rôles de la tragédie; elle avait une conduite assez peu recommandable quand, en 1726, elle entra aux Carmélites de Lyon, où elle vécut trente ans. Quand elle se retira du théâtre, elle fut pensionnée, et elle touchait régulièrement l'argent de la Comédie-Française.
Sait-on que Virginie Déjazet, une des actrices les plus spirituelles du siècle dernier, faillit, elle aussi, entrer dans un couvent de Lyon? Elle était en représentation dans cette ville en 1855, elle avait cinquante-huit ans; elle fut baptisée et confirmée le même jour par l'archevêque de Lyon. Elle se mit à pratiquer, et elle écrivait à un de ses amis, directeur du théâtre de Strasbourg, dont la petite fille avait la rougeole : "Voici une petite médaille qui vient de Notre-Dame de Fourvières, à Lyon, sainte dans laquelle les Lyonnais ont une confiance aveugle. Je suis allée la chercher moi-même. Mettez-la sur la poitrine de notre chère enfant; elle lui portera bonheur."
A ce moment, elle voulut prendre l'habit chez les Ursulines; l'archevêque pensa qu'il était préférable d'attendre un peu; quelques mois après, elle n'y pensait plus.

JEAN-BERNARD.

Eve Lavallière 

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Virginie Dejazet comédienneEve Lavallière comédienne