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La Presse - 16 août 1925

La Presse 1925 08 16 art 02 La quotidienne récompenses - Guy de Maupassant

Gaston Chérau journaliste et écrivain

LA QUOTIDIENNE

L'Opinion rappelait, l'autre jour, qu'en 1882, Alfred Delpit donnait, dans le journal Paris, le nombre total et la liste des poètes, romanciers, critiques ou auteurs dramatiques récompensés officiellement depuis le 4 septembre 1870; il y en avait treize: dix chevaliers de la Légion d'honneur, deux officiers, un grand-officier. »
Treize! C'est à peu près le nombre d'hommes de lettres que récompense maintenant chaque promotion périodique! Faut-il en conclure que les poètes et romanciers, dramaturges et critiques, dignes de voir leur mérite consacré par une distinction officielle, étaient très rares jusqu'en 1882, alors qu'à cette heure ils pullulent? Ou faut-il croire, plutôt, qu'à cette époque, cependant peu éloignée de la nôtre, on prodiguait le ruban rouge avec moins de complaisance et de facilité ?...
Il est plutôt permis de supposer qu'il y a quarante ans les gens de lettres se montraient moins avides qu'à présent de récompenses officielles. Ils se contentaient d'avoir la simple ambition d'écrire de belles œuvres ou des livres remarquables et préféraient les suffrages du public et surtout la flatteuse appréciation de leurs pairs à toutes les distinctions que peut conférer le Gouvernement. Ils montraient pour ces distinctions, aujourd'hui tant enviées et recherchées par leurs successeurs, un certain dédain.
Francisque Sarcey ne voulut jamais être décoré; et Guy de Maupassant ne consentit jamais à signer la demande de rigueur pour obtenir ia croix. La plupart des écrivains de son école et de sa génération eurent la même attitude. Ils voulaient garder une position strictement indépendante vis-à-vis du pouvoir. Ils auraient cru déchoir en rédigeant la lettre par laquelle il leur eût fallu solliciter le ruban rouge. Car, celui-ci ne s'attribue qu'à un candidat qui le demande, par une requête rédigée dans les formes requises et revêtues des apostilles indispensables, attestant votre orthodoxie civique, plus encore que vos mérites littéraires. On conçoit que certaines natures fières refusent de se plier à ces formalités préalables...
Mais il est encore, Dieu merci! des écrivains, assez soucieux de leur indépendance et dédaigneux des hochets que convoite la vanité de leurs confrères, pour refuser tout net, non seulement de demander la croix, mais encore de l'accepter quand un ministre fait mine de la leur attribuer. Pressentis, en vue de signer une demande qui doit être de pure forme, ils font comprendre que l'honneur dont on les juge dignes en haut lieu, ne leur fait pas envie et ne leur ferait pas plaisir. Leur attitude n'est pas, en général, favorablement commentée par les confrères, qui s'en trouvent, au fond, quelque peu humiliés et fortement vexés.
Rappelez-vous, l'an dernier, les commentaires auxquels donna lieu le refus catégorique opposé par le puissant romancier Gaston Chérau à l'offre qui lui avait été officieusement transmise de le comprendre dans la prochaine promotion. Et rappelez-vous encore les commentaires acides publiés par M. Lucien Descaves, déclarant qu'il était personnellement du petit nombre d'écrivains auxquels on ne s'était jamais permis d'offrir la distinction officielle qui semble à tant d'autres une consécration.
Mais Francisque Sarcey et Guy de Maupassant autrefois, Lucien Descaves et Gaston Chérau récemment ont donné un exemple que nos actuels littérateurs se montrent disposés à suivre de moins en moins!

PAUL MATHIEX.

Francisque Sarcey 

Guy de Maupassant 

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