L'agitation xénophobe en Chine
Elle offre à la propagande bolchevique un milieu favorable, Avec des périodes de calme relatif, avec des poussées soudaines comme l'émeute qui, à Tien-Tsin, vient de coûter la vie à des dizaines de manifestants, l'agitation chinoise continue depuis des mois, et rien ne permet d'en prévoir la fin. Elle peut couver ainsi, fléau endémique de ce vaste monde d'Extrême-Orient, au même titre que la peste ou le choléra. Mais elle peut aussi, déchaînée en épidémie, créer tout à coup une situation tragique aux conséquences illimitées.
Ce qui rend le danger grave, c'est la contiguïté du nationalisme chinois et du communisme bolchevique. Aux efforts incohérents du premier, le second essaie d'imposer une discipline qui les coordonne, les rende durables, convergents et efficaces. S'il réussissait, une catastrophe deviendrait presque inévitable, car, entre les puissances à qui incomberait la tâche de la prévenir, l'union apparait bien difficile. Les 'Anglais préconisent la manière forte; les Japonais, qui jadis y recoururent, l'ont abandonnée après en avoir mesuré les inconvénients; les Français, moins fortement intéressés dans l'affaire, hésitent à compromettre la sympathie que nombre de Chinois leur accordent ; quant aux Américains, ils semblent surtout préoccupés d'amoindrir à leur profit la situation des Anglais et des Japonais.
Les puissances seraient donc désemparées en face d'un mouvement général de révolte dirigé et soutenu par les Soviets. On le sait à Moscou, et les hommes qui, là-bas, se sont érigés en adversaires de la civilisation occidentale, consacrent des sommes considérables à dresser contre elle le nationalisme chinois, comme ils s'appliquent à entraîner dans la même lutte le nationalisme musulman, hier en Turquie, aujourd'hui au Maroc, en Tunisie, en Egypte, dans l'Inde.
Qu'il y ait là l'apparition d'un premier et vague sentiment panasiatique, on l'a soutenu, et peut-être tout n'est-il pas faux dans cette affirmation. Mais cette idée, en tout cas, n'a germé que chez un petit nombre d'intellectuels impuissants à soulever les masses et surtout elle ne rend pas compte de la surface d'expansion du mouvement, qui ne concorde pas avec les limites de l'Asie. sans doute, il a cherché à englober le Japon, mais il semble, à cet égard, avoir échoué et, d'autre part, il déborde largement en Afrique.
Il est plus vrai d'admettre que Moscou exploite les nationalismes particuliers des races à haute et antique culture morale et à faible pouvoir politique, comme sont précisément les Chinois et les Indiens. Mais là encore l'explication est insuffisante.
Il faut la chercher dans un phénomène économique actuel. Les étudiants chinois peuvent se sentir blessés de la domination étrangère dans leur orgueil patriotique; si le peuple chinois s'agite contre elle, c'est qu'il en souffre. Ce que nous savons de l'existence imposée aux ouvriers des filatures fait comprendre l'étendue de cette souffrance et la violence de la révolte qui en découle. Des garçons et des filles, âgés de six à douze ans, travaillent, de jour et de nuit, durant des dix et douze heures et, qualifiés d'apprentis, ils ne touchent que des salaires de trois ou quatre cents (moins d'un franc papier),
C'est le régime qui sévissait en Angleterre et en France lorsque y apparut la grande industrie. Il était difficilement tolérable dans ces pays; il ne l'est plus du tout en Chine, où, les patrons étant étrangers, le fanatisme national vient exaspérer la haine de classes.
Comment d'anciennes sociétés accepteraient-elles la civilisation occidentale, si elle se révèle à eux, non comme source de bienfaits, mais, au contraire, comme agent d'exploitation? Tant que les choses resteront ainsi, le bolchevisme aura la partie belle. Pour le vaincre, en Chine comme ailleurs, ses adversaires doivent, d'abord, en réformant leur propre conduite, lui retirer les arguments qu'utilise sa propagande.
MAURICE TURPAUD.
Le Japon proteste à Pékin contre les incidents de Tien-Tsin
Pékin, 15 août. La légation japonaise a envoyé hier au ministère des affaires étrangères chinois une note protestant formellement contre les attaques grévistes de la filature sino-japonaise de Tien-Tsin du 11 août.
La note relate que, quand les machines ont été complètement détruites, un docteur japonais a été sérieusement blessé en soignant des soldats chinois. Elle reconnaît que les autorités chinoises prennent des mesures nécessaires pour faire face à la situation sérieuse de Tien-Tsin, mais elle proteste contre les blessures que subirent les sujets japonais et contre l'atteinte portée à leurs biens et elle demande que des mesures soient prises pour prévenir le retour de pareils incidents. La note réserve également les droits des Japonais pour réclamer des compensations.
LE CHOLERA A SHANGHAI
Pékin, 15 août. On mande de Shanghai qu'une épidémie de choléra C'est déclarée dans cette ville. Plus de 500 cas, dont 25 mortels, ont déjà été enregistrés. (Radio.)
UNE CONVENTION COUSULAIRE FRANCO-TURQUE
Constantinople, 15 août. Le député Chukri Caya bey, ancien ministre des affaires étrangères, a été chargé par le gouvernement d'Angora de conclure une convention consulaire avec le gouvernement français représenté par un délégué, M. Gillière, conseiller juridique. Les négociations se dérouleront à Constantinople. (Havas.)