POUR ET CONTRE
L'administration nous fait franchement un aveu: une moins-value sensible « affecte les ventes des tabacs ». Cette moins-value est due au «resserrement passager de la consommation qui a suivi le relèvement des prix des tabacs ordinaires réalisé le 15 mai dernier ».
C'est bien dit.
C'est aussi, vraiment, assez nouveau... Le consommateur se déciderait donc à user enfin de l'arme la plus puissante qu'il puisse avoir à sa disposition: de l'abstention ?... Serait-ce, Dieu, possible ?...
On nous a dit souvent : « Dans le doute abstiens-toi... » Les économistes auraient bien dû ajouter: « Abstiens-toi aussi dans la vie chère... » L'abstention aurait déjà eu raison de la plupart de nos maux...
Des correspondats nombreux m'ont écrit quand on a relevé ainsi le prix du brave caporal... Nous ne fumerons plus, c'est juré !... affirmaient-ils. Ils ont dû tenir leur serment... S'ils y restent fidèles, nous verrons un de ces jours le brave caporal demander grâce aux consommateurs... Alors les consommateurs auront compris... Ils auront compris qu'ils peuvent être très forts, s'ils le veulent - à la condition expresse qu'ils commencent à être forts avec eux-mêmes... En ayant le courage de se limiter un peu, ils limiteront aussi la vie trop chère... C'est un remède héroïque, assurément, mais c'est un remède certain....
Pour combattre la vie trop chère, il ne faut pas la nourrir grassement; il ne faut pas l'alimenter sans cesse... Pour "avoir" la vie trop chère, il faut, tout d'abord, l'affaiblir... Il faut, petit à petit, l'user, l'amoindrir; il faut la faire maigrir; il faut tâcher de la rendre débile et chancelante ! C'est alors qu'on pourra lui flanquer un bon coup !...
Il y a une grande leçon dans la "moins-value" qui « affecte » les ventes des tabacs... Les consommateurs qui ne sont pas fumeurs peuvent en tirer un sûr profit.
Maurice PRAX.