Choses et Gens de Lettres
UN POSTULAT
L'enquête que M. Gabriel Reuillard, l'âpre romancier du Réprouvé, vient d'ouvrir, dans Paris-Soir, sur le droit de réponse, ne paraît pas précisément tourner à l'avantage de ceux qui voudraient faire supprimer la seule sauvegarde que nous accordent les lois contre la critique.
Cependant, quelques adversaires de ce droit tiennent bon et persistent à nous resservir de vieux arguments qui, bien que n'ayant jamais abouti, frappent encore certaines personnes.
Parmi ces rengaines, une des plus courantes, et non des moins surprenantes, consiste à affirmer que l'auteur, ayant demandé l'avis des critiques, se trouve mal fondé à venir, après, le contester.
Malheureusement, cette assertion ne forme qu'un postulat qui ne passerait pas dans le plus abracadabrant des vaudevilles. Sauf des cas assez exceptionnels de requêtes directes, par voie de lettres ou de visites, l'auteur, en principe, ne demande rien du tout aux critiques. S'il leur adresse des places ou leur envoie des livres, c'est parce qu'ainsi le veut un vieil usage qu'il serait désobligeant d'enfreindre. Seulement, l'observation de cette antique tradition ne constitue, à l'égard de la critique, qu'un bon procédé n'aliénant nullement la liberté de celui qui l'accomplit et n'impliquant ni sujétion nį sollicitation envers ceux qui en profitent.
Qu'ensuite les critiques donnent leur avis sur la politesse qu'on leur a faite, cela les regarde. Mais sur cet avis qu'il n'a pas réclamé, pourquoi l'auteur n'aurait-il pas le droit de fournir le sien ?
On objectera peut-être qu'avec de pareilles théories, ce serait, à bref délai, la fin de la critique. Et après ? Voilà un désastre dont je sais bien des gens qui se consoleraient.
Fernand Vandérem.