Les événements de Syrie
On a pu lire dans notre Dernière Heure d'hier une note officieuse disant que le ministère des affaires étrangères avait reçu du général Sarrail un télégramme affirmant que la situation est tout à fait normale en Syrie et démentant globalement toutes les informations de source anglaise. Nous ne savons pas si le gouvernement considérera comme suffisante une dépêche qui ne donne aucun renseignement précis et qui, bien plus, contient une évidente contre-vérité, mais nous estimons qu'il aurait tort de supporter une pareille désinvolture de la part du haut commissaire, car il risquerait d'assumer lui-même de la sorte une part de responsabilité.
Comment, en effet, le général Sarrail ose-t-il affirmer que la situation est normale en Syrie, alors que rien de décisif n'est intervenu depuis que la colonne commandée par le général Michaud a subi un véritable désastre, perdant son convoi, son matériel et 800 hommes ? Il est clair que les Druses n'ont pas été châtiés. Le haut commissaire en est réduit à négocier avec eux dans. des conditions d'ailleurs obscures. Notre garnison de Soueida doit être encore assiégée. Les cadavres des soldats tués, il y a près de trois semaines, à Mezraa, gisent toujours sur le terrain au milieu du matériel abandonné. Nous avons aujourd'hui sous les yeux le texte de la dépêche du correspondant de la Gazette de Voss, qui n'a certainement pas inventé de toutes pièces ce qu'il rapporte. Cette dépêche a été expédiée le 20 août de Modjel, Quartier général de Sultan Attrache. On annonce maintenant qu'un général a été attaqué sur la voie ferrée Damas-Ezraa; il ne suffit pas pour nous rassurer de déclarer que cet incident n'a aucun rapport avec le soulèvement du Djebel-Druse. Ce qui est incontestable, c'est que la situation est troublée comme elle ne l'a pas été depuis longtemps. Est-ce là ce que l'on peut appeler un état de choses normal?
Comme on le verra plus loin, le général Sarrail vient d'informer le gouvernement que les Druses ont relâché 75 prisonniers français et qu'un certain nombre d'indigènes, réfugiés dans la forteresse de Soueida, ont regagné la ville. Ce que l'on peut conclure de cette dépêche, c'est que tout est à peu près demeuré en l'état et que les Druses ne sont pas soumis. L'opinion française a le droit d'être renseignée d'une façon plus complète sur l'ensemble des événements. Il appartient au gouvernement d'obtenir du haut commissaire qu'il ne le tienne pas dans l'ignorance et qu'au lieu de lui adresser des télégrammes insignifiants il lui fasse enfin connaître les mesures qui ont été prises pour rétablir l'ordre et ramener le calme.
PIERRE BERNUS.
On télégraphie du Caire, le 20 août, à l'Agence Havas : Le général Soule, qui inspectait les postes de sécurité sur la voie ferrée de Damas-Ezraa, et son officier d'ordonnance, le capitaine Degoutel, qui l'accompagnait, ont été attaqués par des coupeurs de routes et légèrement blessés. Le village voisin a été occupé par les troupes françaises.
Cet incident n'a aucun rapport avec les événements de Djebel-Druse.