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Le Journal des Débats - 04 octobre 1925


Journal des débats 1925 10 04 l'accord provisoire à Whashington

Journal des débats 1925 10 04 Page 1

L'ACCORD PROVISOIRE

«Il n'y a pas avantage à ne pas dire les choses», répétait dans ses notes, avant l'armistice, le Président Wilson. Disons donc les choses. L'accord provisoire que rapporte M. Caillaux pour le soumettre au gouvernement est mal vu de l'opinion tout entière. Si on le soumettait à un referendum, il serait rejeté à une étonnante majorité. C'est un fait dont il faut parler si l'on veut aboutir à quoi que ce soit de pratique et de solide.
Nous voyons, en effet, que nos versements annuels aux Etats-Unis passeraient immédiatement à 40 millions de dollars, soit plus de 800 millions de francs, sans aucune compensation, car notre dette ne serait en rien diminuée, puisque ces 40 millions de dollars en représenteraient simplement les intérêts. D'autre part, au bout de cinq ans, nous serions toujours dans la même impasse; l'écart entre le minimum des revendications américaines et le maximum de nos possibilités n'aurait en rien diminué. Notre capacité de paiement, en dépit de la bonne opinion que nos amis transatlantiques expriment sur notre avenir, ne peut que décroître d'ici là, si nos versements à l'Angleterre et aux Etats-Unis exigent chaque année plus de deux milliards à solder en espèces. Comment relever le franc, ou simplement le stabiliser dans ces conditions? Des deux clauses de sauvegarde qu'on avait reconnues indispensables pour empêcher la dépréciation de notre monnaie, il n'est plus question. Aucun délai, aucun ajournement n'est prévu, en cas de crise du franc; aucune revision de notre capacité financière n'est admise au cas où un des éléments essentiels de notre budget des recettes viendrait à disparaître. Même si le plan Dawes se trouvait en suspens, nous resterions tenus par nos engagements. Autrement dit, on considère comme naturel que nous ne touchions pas ce qui nous est dû, mais comme inacceptable que nous ne payions pas recta tout ce que nous devons.

Nous n'avons aucun plaisir à faire ces constatations. Mais il faut bien, puisque nous sommes sur le terrain des affaires et puisqu'on nous rappelle sans cesse qu'il n'y a pas à faire de sentiment, nous cantonner dans les chiffres. Nous avons aussi en France des gens qui savent compter. Nous mettons souvent une sorte de pudeur vieillotte à ne pas aborder crûment les questions d'argent entre amis, mais on a tort d'en conclure qu'elles nous sont indifférentes. Nos moyens, au surplus, ne nous permettent pas d'être aussi grands seigneurs qu'on nous demande de l'être. Nous n'avons pas de honte à retourner notre bas de laine: il s'est vidé pour une cause, que nous n'étions pas seuls à trouver juste quand tout le monde la défendait avec nous. Tempi passati, nous dit-on. L'heure n'est plus à l'héroïsme, nous en sommes à la « douloureuse ». Soit. Mais qu'on ne s'étonne pas alors si nous réfléchissons, si nous comparons, si nous vérifions les additions avant de les régler. Nous voulons faire honneur à notre signature. Ce n'est pas par mauvaise volonté ou par mauvaise humeur que le pays se montre défavorable au tronçon d'accord que nos amis d'Amérique ont cru devoir nous proposer comme une fiche de consolation. S'il ne nous dit rien qui vaille, c'est qu'il fait l'effet d'être unilatéral. Nous voyons bien ce qu'il concède à nos partenaires, nous apercevons moins distinctement ce qu'il nous apporte.

Les négociations de Washington ont souligné entre les deux parties en présence une divergence fondamentale de points de vue. Même si un incident déplorable n'était venu tout torpiller, il restait des doutes sur l'accueil que réservait le Parlement américain à un arrangement que nous étions portés à trouver draconien, alors que beaucoup d'Américains le jugeaient abusivement généreux à notre égard. Cette contradiction paraît, de part et d'autre, inexplicable. Avec une égale bonne foi on aboutit à des conclusions opposées. Il faut donc laisser au temps le soin de montrer où est la vérité. On ne gagnerait rien à vouloir précipiter les solutions. « Dans cinq ans, nous dit-on, vous serez en pleine prospérité. » Raison de plus pour ne pas accabler d'un fardeau qui ne manquerait pas de compromettre ce pronostic, qui, nous n'en doutons pas, est en même temps un vœu des plus sincères. Nous ne demandons qu'à justifier la confiance dont on nous honore, au point parfois de nous en accabler. Qu'on nous laisse travailler, mettre ordre à nos affaires, sans nous imposer des charges sous lesquelles nous finirions par succomber.
C'est l'intérêt commun du créancier et du débiteur de laisser à ce dernier la possibilité de se relever. Ce vieux principe des gens d'affaires, nous en demandons. l'application. Nous examinerons avec l'attention qu'elle mérite la dernière proposition américaine, nous ne la rejetterons pas à la légère, comme l'opinion serait tentée de le faire. Nous espérons seulement que nos créanciers, puisqu'ils ne veulent pas invoquer un autre titre, comprendront que nous défendions nos intérêts comme ils ont défendu les leurs.

A. A.-P.


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