| L'Œuvre - 04 octobre 1925 |

Le traité de Rapallo ne peut faire obstacle à la paix de l'Europe
Ce qu'on disait hier à propos du traité de Rapallo et de sa virtuelle caducité se trouve confirmé par les nouvelles venues de Berlin, qui nous montrent M. Tchitchérine fort occupé à en rappeler l'existence à l'Allemagne.
Ce n'est là peut-être qu'une simple attitude destinée à atténuer la surprise qu'ont causée ses protestations d'amitié pour la Pologne. Sinon, on comprend mal qu'il veuille évoquer le respect rigoureux d'un traité au moment où lui-même vient de modifier du tout au tout les conditions politiques dont ce traité est issu. Le ministre russe, il est vrai, jure sur tous les bons dieux de la religion soviétique que l'accord de Rapallo ne contient aucune clause secrète. On ne demande qu'à le croire. Mais, s'il en est ainsi, on ne voit pas la nécessité qu'il y aurait pour lui de rappeler à l'Allemagne un texte qu'elle ne peut avoir oublié. La vérité semble être que, sinon ce texte littéral du moins son esprit, constitue un obstacle au désir de l'Allemagne d'adhérer à la Ligue des Nations. Lorsqu'elle dit : « Locarno » et « Genève », le ministre lui objecte sur un ton prohibitif. « Rapallo. »
La prétention est excessive. Car, en fait, il n'y a pas égalité de poids dans la balance, et c'est presque une certitude que Rapallo ne l'emportera pas. Les Allemands sont pour cela trop amis de la realpolitik. Chaque jour les accule plus nettement à la nécessité de choisir. Car, bien entendu, il ne saurait être question pour eux de n'entrer que conditionnellement dans la Société des Nations. On ne peut y adhérer tout en n'adhérant pas aux conditions fondamentales de son pacte constitutif.
Ou bien donc Rapallo ne contient effectivement rien de contraire aux obligations d'un Etat membre loyal de la Ligue des Nations, et alors il ne fait pas obstacle à l'adhésion de l'Allemagne ou bien il est inconciliable avec ces obligations, et il va falloir choisir. Choisir nettement, définitivement.
On verra à Locarno si l'Allemagne s'est déterminée pour le Vice ou pour la Vertu.
VICTOR SNELL.
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