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LOeuvre 1925 10 04 Vers la paix réelle - l'Oncle Sam se croit le maître de l'univers

LOeuvre 1925 10 04 Page Vers la paix réelle

Vers la «paix réelle».

Pourquoi nous avons entrevu les Etats-Unis d'Europe au bout des négociations avortées de Washington?
Parce qu'elles ont découvert au plein jour les naïves, stupéfiantes et insupportables prétentions de la politique américaine. Grisé par la puissance, la richesse et la prospérité de son pays, l'Oncle Sam se croit le maître de l'univers. Sa façon de poser les problèmes et d'en imposer la solution, le droit qu'il s'arroge d'intervenir dans les affaires des autres peuples, en continuant à leur interdire de se mêler des siennes, tout le montre chaque jour plus orgueilleux, plus distant, plus résolu à ne témoigner aux Européens qu'un ferme propos de les dominer, sinon de les asservir.
Devant cette autre forme d'impérialisme, peut-être la plus dangereuse, comment les Européens clairvoyants ne s'uniraient-ils pas pour tenir en respect les gens d'Amérique ? Et n'est-ce pas ce souci de l'avenir qui, dans son discours de Nîmes, fait dire à notre président du Conseil que « la récon- ciliation franco-allemande est comme la pierre angulaire de la civilisation euro- péenne » M. Painlevé ajoute: « C'est dans cet esprit que, fidèle interprète de la nation, le gouvernement français, en la personne de son éminent ministre des affaires étrangères, aborde à Locarno la plus audacieuse tentative de paix réelle qui ait été osée depuis l'armistice. »

On se prend à rêver, à souhaiter que M. Briand pousse son audace insinuante et souriante jusqu'à faire aux représentants de l'Allemagne cette simple suggestion: «est-ce que nous ne pourrions pas régler entre nous cette obsédante question des dettes ? Vous nous devez des sommes... que nous devons aux Américains.» Autant dire que nous sommes tenus, voilà le plus clair de notre victoire, à porter tous les ans aux Etats-Unis ce que nous recevons de Berlin. Va-t-on nous réduire longtemps à ce rôle de facteur ou de garçon de recette? Simplifions. Puisqu'il ne nous restera rien de cet argent, arrangez-vous donc directement avec l'Oncle Sam, qui, d'ailleurs, vous veut du bien. Il est donc très probable qu'avec vous il se montrera plus obligeant et plus accommodant...
Hé! Comme il l'a répété plusieurs fois, c'est justement la combinaison dont il
ne veut pas...

Il faudra bien qu'il en veuille. De quel droit et comment peut-il s'y opposer? Du coup, plus de discussions, plus de conflits nous passons l'éponge, nous la passons même aux Américains pour qu'ils s'en régalent. L'Allemagne a compris qu'elle doit chercher sa véritable revanche, non dans une nouvelle tuerie, mais dans une magnifique renaissance économique. Là- dessus, (mais ce serait trop beau!), si les Anglais finissent par comprendre aussi bien que leur Angleterre n'est plus une île et que sa politique traditionnelle est dangereusement démodée, c'est ainsi, apparemment, après un entretien discret de quelques ministres, dans un coin paisible et fleuri, que nous verrons apparaître la douce et bienfaisante réalité des Etats-Unis d'Europe, de quelque nom qu'on les appelle.
Au besoin, nous nous passerions du nom : la chose nous suffirait.

Gustave Téry


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