| Paris-Midi - 06 décembre 1925 |
UNE AUTRE INFLATION
Il y a en France 5 millions d'étrangers
Une solution: La naturalisation obligatoire
Un député trop curieux ayant posé au gouvernement une question écrite sur le nombre des étrangers qui nous font l'honneur et le plaisir de préférer notre pays au leur, le ministère vient de répondre qu'au 1er janvier dernier le nombre de ces résidents s'élevait à 2.845.214. Comme la marée montante n'a pas cessé de croître depuis lors, nous devons être à cette heure à 3.000.000.
Il ne s'agit là que des étrangers qui ont pris la peine d'aller s'inscrire à la police. On sait que toute une population flottante évite ou néglige cette petite formalité. Si l'on y ajoutait les gens d'affaires ou de plaisir qui adoptent régulièrement la France pendant une partie de l'année et le million et demi d'ouvriers espagnols, italiens ou belges qui vont et viennent à l'époque des moissons et des vendanges, ce chiffre de trois millions devrait être augmenté au moins de deux.
- Voilà donc pourquoi la nourriture renchérit, et pourquoi on ne trouve plus à se loger ! Nous sommes envahis par cinq millions de parasites! déclarent nos bourgeoises indignées.
| retour 06 décembre 1925 |
- Doucement! Parasites, ces ouvriers qui viennent apporter à nos villages dépeuplés les bras qui leur manquent? Parasites, ces commerçants actifs et industrieux qui viennent décupler notre activité nationale? Parasites, ces touristes qui, s'ils viennent manger notre pain, nous apportent leur argent, dont nous avons besoin ? Non. Mille fois non ! L'afflux des étrangers dans un pays est un afflux d'énergies humaines, donc de la primordiale richesse de ce monde. Il a suffi de cent ans de cet afflux pour faire des Etats-Unis le colosse qu'ils sont aujourd'hui. Et sans doute les Etats-Unis ferment maintenant leurs portes, mais c'est qu'ils s'estiment provisoirement assez peuplés pour faire une sélection. Personne ne niera que le riche sol de la France puisse nourrir 40 et même 60 millions d'habitants, alors que l'Allemagne, à superficie égale, en nourrit davantage.
Le problème n'est pas de repousser l'élément exogène, mais de l'assimiler. Ce problème échappe à l'attention de nos législateurs à la petite semaine. Personne ne s'en occupe. Voilà le danger, le seul. Il est urgent.
Il faudrait d'abord distinguer entre ces résidents. Les Allemands (64.597) doivent être soumis à une surveillance étroite. Les Américains du Nord (49.414), qui ne viennent jamais comme ouvriers, industriels ou commerçants, mais comme agents de banques ou de produits américains en France, ne sont pas à encourager. Au contraire les Américains du Sud (11.394), qui nous apportent leur argent et remportent nos modes, nos livres, nos arts, notre esprit, ne seront jamais trop nombreux ! Les Belges (460.352) sont essentiellement assimilables et adoptables. Les Britanniques (84.116) à ménager, à cause du commerce intense que nous faisons avec leur pays, comme aussi de la nécessité de garder des éléments de liaison entre Londres et Paris. Les Espagnols (467.156) et les Italiens (807.659) à cause du sang latin, ne résident pas longtemps chez nous sans se franciser. Les Polonais (310.265) sont des ouvriers que l'éloignement de leur patrie force à résider dans nos mines du Nord. Leur cas est spécial. Les Portugais et les Roumains (35.386 et 24.381) sont, comme les Italiens et les Espagnols, des Latins, enfants adoptifs du sol gaulois. Enfin les Russes (91.461) sont à accueillir puisqu'ils sont malheureux et exilés, mais non pas à incorporer au sang français, à qui ce mélange ne vaudrait rien. Exception faite donc pour les Allemands, les Nord-Américains et les Russes, qui sont simplement à tolérer, les autres sont à attirer. Comment? Par la naturalisation!
- Et s'ils ne veulent pas ?
On ne force personne. Mais toute acquisition foncière, toute patente commerciale, toute déclaration d'emploi en France peut requérir, comme condition préalable, la nationalité française. Les agents de filiales de sociétés étrangères pourraient bénéficier d'une sorte de statut diplomatique. Mais quiconque prétend vivre du sol francais doit assumer les mêmes devoirs que les fils du sol, quitte à ne jouir des droits politiques qu'à la seconde génération. Et ce sera justice. Seulement, il faut se presser. Dans dix ans, il sera trop tard.
Maurice de Waleffe



