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Le Petit Journal Illustré - 06 décembre 1925


Le Petit journal illustré 1925 12 06 Le vingt-cinquième anniversaire de l'accès des femmes à laa profession d'avocat

Les avocates parisiennes viennent de célébrer avec quelque solennité le vingt-cinquième anniversaire de la mesure législative qui ouvrit le barreau à leurs ambitions et à leurs talents,
C'est une date, en effet, qui marque dans l'histoire du féminisme et qui valait d'être rappelée.
Tout le monde sait que c'est dans les professions libérales que s'accomplirent les premières conquêtes féminines. La médecine d'abord.
Ici, je crois bien que la France fut novatrice. Dès la fin du Second Empire, sur la demande de l'impératrice Eugénie elle-même, les études médicales furent permises aux femmes.
La Faculté leur était ouverte depuis trente ans et le barreau leur demeurait encore fermé. Elles semblaient d'ailleurs se résigner et montrer cette fois moins d'ardeur dans la conquête. Pourtant, à la fin du siècle dernier, les femmes étaient déjà admises à plaider dans maints pays en Suisse, en Finlande, en Suède, en Norvège, au Mexique, au Chili, au Japon, en Nouvelle-Zélande. En Amérique, on comptait déjà une centaine d'avocates.


retour 06 décembre 1925

Détail curieux, la première avocate américaine fut une Française d'origine. Elle s'appelait miss Febea Cousin. Ce nom éminemment français, était celui d'une famille de chez nous émigrée en Louisiane au XVIII° siècle.
Lauréate de l'Université de Saint-Louis, miss Cousin s'était fait inscrire au barreau de cette ville en 1871. Elle y plaida plus de vingt ans avec grand succès.
Déjà, en ce temps-là, l'idée prohibitionniste commençait à se répandre en Amérique. Miss Cousin s'en déclara l'adversaire acharnée. Un atavisme secret lui faisait aimer les vins de France. Elle dépensa courageusement son éloquence pour les défendre contre les funestes projets de loi qui prétendaient en interdire l'entrée. Et, peut-être ses campagnes généreuses eurent-elles pour effet d'en retarder l'échéance. Miss Febea Cousin est morte au début de 1914... A l'heure où ses consœurs parisiennes fêtent le vingt-cinquième anniversaire de leur entrée au barreau, cette «précurseuse», née de sang français, mérite bien l'hommage d'un souvenir.
La première avocate parisienne s'appelait Mlle Chauvin. Elle fut, aux cours de droit, une studieuse élève; et je me rappelle, bien avant 1900, avoir entendu son maître, l'éminent professeur Lyon-Caen, faire l'éloge de son intelligence et de son assiduité.
Elle ne connut jamais l'enivrement des plaidoiries retentissantes, et se contenta de professer le droit dans un lycée de jeunes filles.
En 1907, nous n'avions encore que cinq avocates. Aucune d'entre elles n'avait plaidé. Depuis lors, il est vrai, leur nombre s'est considérablement augmenté. Quelques-unes ont eu parfois leurs petits succès d'audience. Mais, ce furent des succès discrets. Et nous attendons toujours notre première grande avocate d'assises.
A dire le vrai, il en est à peu près de même dans toutes les carrières jadis ouvertes uniquement aux hommes et conquises par les femmes dans ce dernier quart de siècle. La conquête accomplie, les femmes semblent avoir manqué d'énergie pour s'en assurer le bénéfice.
Par exemple, depuis plusieurs années déjà, la profession de commissaire-priseur peut être exercée par les femmes. Aucune d'elles, cependant, n'a encore osé manier ie marteau d'ivoire. Puisqu'elles ont le droit de plaider, comment les femmes n'ont-elles pas encore obtenu celui de juger ? L'Angleterre, au dernier recensement, possédait près de 250 femmes juges de paix. On compte parmi elles des pairesses, des femmes de pasteurs, voire même des femmes d'anciens ministres. Mme Bramwell Booth, femme du général de l'Armée du Salut, est juge de paix dans un district voisin de Londres... Et quelle fonction, en somme, convient mieux à l'âme indulgente de la femme que celle du juge dont la fonction est surtout de concilier. L'Italie a déjà des femmes notaires. Pourquoi les femmes françaises ne pourraient-elles pas, être, elles aussi, officiers ministériels ?
En Amérique, dans certains Etats, les femmes peuvent même prétendre aux fonctions de la magistrature debout. Le poste d'avocat-général adjoint du parquet de New-York était occupé, il y a quelques années, par une femme dont chacun vantait le savoir et l'éloquence, Mrs Mary Quakenboss.
Vous voyez, par tout ceci, que les instincts de conquête des femmes françaises sont fort modestes. A la vérité, les métiers des hommes les tentent médiocrement. Elles subissent la rude loi de la vie moderne qui les condamne, elles aussi, à gagner leur pain à la sueur de leur front, mais elles sont rarement animées du désir de déposséder l'autre sexe de ses prérogatives. Les cas où l'on voit en France des femmes portées par leurs aspirations vers des professions qui ne sont pas de leur sexe, sont plutôt des cas d'exception. Le plus grand nombre d'entre elles se contenteraient volontiers de la vraie mission de la femme, de la mission logique et naturelle qui consiste à garder le foyer et à élever les enfants.
C'est le destin qui en décide autrement.

Ernest LAUT.