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La Presse - 06 décembre 1925


v La Presse 1925 12 06 01 réflexions -  le chemin du salut Aristide Briand

REFLEXIONS DU SOIR
LE CHEMIN DU SALUT

La nuit de lamentations du Palais-Bourbon a eu son pendant au Luxembourg. Après les députés, il fallait convaincre les sénateurs, qui étaient, d'ailleurs, convaincus d'avance. Il n'y avait plus qu'à entériner en séance publique l'accord tacite qui s'était fait entre le Gouvernement et la Haute Assemblée, et cela se passa dans une atmosphère de sérénité relative.
Les premiers projets financiers sont donc votés. Le cap est franchi, que redoutait le pilote. Mais d'autres écueils, moins visibles, jalonnent la route qu'il doit suivre. D'autres tempêtes s'amassent à l'horizon. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, et c'est bien maintenant qu'il va falloir redoubler de vigilance et de sang-froid.
M. Briand a fait appel, somme toute, à l'union pour dénouer provisoirement la crise de trésorerie. Quand il adressait ses adjurations, aux députés et aux sénateurs pour qu'ils fissent des concessions réciproques, il invoquait la trêve des partis autant que le lui permettaient ses terribles soutiens de gauche.
Le moment est venu, pour lui, de parler plus haut et plus clair et puisqu'il est un chef, de commander.


retour 06 décembre 1925

Répétons-le avec force: si le Président du Conseil calque sa conduite sur celle des partis, si, au lieu de leur imposer ses vues, il s'inspire des leurs, il n'a plus rien à faire au pouvoir.
S'il veut accomplir une œuvre saine et durable, il ne doit tenir aucun compte. des indications de la politique électorale. C'est elle qui nous a conduits au gachis où nous sommes; c'est par elle que nous nous enliserons un peu plus el que nous périrons.
M. Briand sait cela mieux que personne. Ce n'est pas à lui qu'il faut apprendre ce que vaut le collectivisme, ce qu'on peut attendre des mauvais bergers. La révolution est là, dans la place, agissante et persévérante, ne laissant échapper aucune occasion de saper l'ordre social. Ses leaders démolissent Caillaux qui ne leur fait pas la courte échelle, mettent en avant un projet financier qui fait long feu, démonétisent Painlevé et brûlent Herriot, puis, se croisant les bras avec arrogance sur les ruines qu'ils ont amassées, nous crient d'un air victorieur: « Eh! bien, qu'allez-vous faire? Vous voyez bien que la caisse est vide!»
La caisse est vide. Parbleu ! Vous avez tout fait pour qu'elle se vide, et c'est encore aux bourgeois qu'il faut aujourd'hui faire appel pour la remplir, à ces bourgeois que vous voulez pendre à la première lanterne !
Le Président du Conseil partage nos angoisses à quoi bon pacifier l'Europe si les Français doivent continuer à s'entre-déchirer? Seule, une politique d'union nationale peut triompher des forces de désorganisation. Mais, pour que cette union se fasse encore faut-il qu'une grande voix s'élève, qu'une volonté d'homme d'Etat mette à la raison une poignée d'excitateurs dont l'insolence et l'audace sont faites de notre pusillanimité.
M. Briand sera-t-il cet homme? Voudra-t-il? Osera-t-il ? Rompra-t-il avec les formules toutes faites de la pharmacopée officielle qui sont des ordonnances de mort? Indiquera-t-il à son ministre des Finances la route qu'il doit suivre et veillera-t-il lui-même, en bon gabier, sur l'exécution de la manoeuvre.
Nous allons le savoir bientôt. De son attitude va dépendre le sort du pays. Que la confiance s'éveille et nous sommes sur le chemin du salut.

ANDRE PAYER.