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Le Petit Parisien - 06 décembre 1925


v Le Petit Parisien 1925 12 06 01 Maurice Prax les drapeaux

POUR ET CONTRE

On va vendre aux enchères, lundi, la cravate d'un drapeau la cravate du drapeau du 15° régiment de ligne autrichien.
Je ne veux pas savoir à la suite de quelles misères la cravate de ce drapeau autrichien se trouve mise en vente à Paris, rue Drouot. Les détails ne changeraient rien à l'affaire.
Ce qui est lamentable, ce qui est gênant, c'est que cette vente à l'encan puisse avoir lieu. Drapeau national, drapeau ami, drapeau ennemi, un drapeau ne devrait jamais être un bibelot, ni une «curiosité», ni une marchandise...
Je ne connais pas l'histoire du 15è régiment de ligne autrichien. Mais je me doute bien, hélas ! que ce régiment, comme tous les régiments, a eu ses héros et ses martyrs... De pauvres jeunes gens qui portaient l'écusson du 15 sur des capotes ou des tuniques avec ou sans brandebourgs sont tombés sous le fer ou le feu. De pauvres yeux, volontaires, enflammés ou désespérés se sont élevés, dans la tourmente, avant de se fermer à jamais, vers le drapeau, vers «leur drapeau», dont la soie palpitait.
«Les drapeaux ont enthousiasmé les âmes. Aussi méritent-ils le respect. Ils ont inspiré la foi...» Ces lignes, je les trouve dans un livre audacieux de Paul Reboux, intitulé, justement, les Drapeaux, qui est une profession de foi ardemment pacifiste. Et c'est vrai, même pour le pacifiste. Les drapeaux méritent et commandent le respect...
Pour tous les drapeaux des hommes sont morts... Pour tous les drapeaux des hommes se sont donnés et sacrifiés pleinement, fièrement, passionnément... Pour tous les drapeaux aussi hélas ! des mères ont pleuré...

Et rien ne tuera le drapeau... Et les révoltés farouches auront eux-mêmes toujours des drapeaux. Et des drapeaux flottent sur le palais de Genève de la Société des nations qui voudrait tuer la guerre... C'est pourquoi un drapeau ne devrait jamais être vendu à l'encan... C'est vendre l'âme de tous ceux qui sont morts pour lui... C'est vendre de l'histoire, de l'héroïsme, de la foi, de l'élan et de la douleur.

Maurice PRAX.


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