| Le Temps - 13 décembre 1925 |
AU MAROC
La répression de l'insurrection rifaine
Les opérations militaires
Aucun événement important sur le front marocain, en dehors de l'opération exercée par nos partisans au nord-ouest de Kiffane. Cette action a eu pour but de mettre la main sur la chaîne de hauteur qui sépare la haute vallée de l'Ouergha de celle de son affluent l'Inaouene et qui constitue la première des arides montagnes à franchir par nos troupes dans leur marche vers la mer.
Dans l'après-midi du 9, nos partisans Marnissa, Gueznaïa et Branes, sous le commandement du caid Ahmar ben Hamidou, ont mené à bonne fin, de la plus brillante façon, l'opération entamée le 8. Ils ont occupé Sidi-Daoud, à 16 kilomètres au nord de Seff-Ez-Azra, puis Sidi-Ali-ben-Daoud, à 5 kilomètres plus au nord et à 6 kilomètres dans le nord-ouest, la mahakma rifaine de Beraber. Ils ont mis ainsi la main sur le territoire des Djala, fraction très importante des Senhadja de Gheddo,
Un autre groupe de partisans, opérant de concert avec le groupe placé sous les ordres directs de Ahmar ben Hamidou, a continué également sa progression dans la région au nord et au nord-est du Haut-Leben. En fin de journée, il a atteint les villages d'El-Anceur, d'El-Arbaa et a poussé des éléments jusqu'à l'oued Demazine, vers les sources de l'Ouergha.
D'autres groupes francs ont atteint les anciens postes de Cheyab et du Haut-Leben.
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L'aviation a grandement facilité le succès de l'opération en accomplissant de nombreuses missions de liaison entre nos partisans et nos éléments d'infanterie poussés en soutien et en effectuant d'importants bombardements.
Les pertes des partisans ont été insignifiantes. L'occupation de Sidi-Ali-ben-Daoud et du pays Djeballa, couronnant l'action politique et militaire de notre allié Ahmar ben Hamidou, met sérieusement en péril l'autorité d'Abd el Krim.
Le chef rifain avait rassemblé, en effet, entre Sidi-Ali-ben-Daoud et Tizi-Ouzli des contingents de réguliers renforcés par des guerriers du Haut-Ouergha, afin de contrecarrer l'action d'Ahmar ben Hamidou, en harcelant les Senhadja de Gheddo, les Marnissa, les Branès et les Guesnaïa ralliés, tels que les Beni-Younès et les Beni-Mohammed. Après quelques escarmouches, au cours desquelles nos partisans ont eu constamment l'avantage, l'ennemi a été mis en déroule et rejeté sur le territoire des Beni-Amret, au nord d'El-Beraber.
Dans le camp d'Abd el Krim
Sentant péricliter son influence, l'agitateur fait appel à toutes ses disponibilités, assez réduites, d'ailleurs, pour l'instant. Les réguliers eux-mêmes, mal payés, déserteraient et abandonneraient le fusil pour la charrue.
Parmi les forces engagées contre Ahmar ben Hamidou, se trouvaient les Ghezaoua de la région au nord d'Ouezzan, qui eurent huit tués.
En raison de la faiblesse de ses effectifs, Abd el Krim s'efforce d'entretenir le zèle de ses fidèles en envoyant des secours pécuniaires aux tribus. éprouvées. Ainsi chaque famille Branès dissidente a reçu 50 douros, ainsi que des terres appartenant aux Branès rentrés dans nos lignes. Abd el Krim promet, en outre, à ses fidèles. de larges prébendes prélevées sur les revenus des fondations pieuses.
Sa situation se complique du fait que plusieurs tribus en zone espagnole l'ont abandonné pour reconnaître l'autorité du sultan.
La mission de M. Cunning
On mande de Rabat :
M. Gordon Cunning, le correspondant de la Westminster Gazette très connu pour ses sentiments prorifains et dont nous avons annoncé la venue prochaine en Europe porteur de propositions de la part d'Abd el Krim, a traversé Rabat le 11 décembre. Il a fait une visite de courtoisie au délégué de la résidence, avant son départ pour Tanger. Dans les milieux officiels on se montre très circonspect sur les propositions de paix dont M. Cunning se prétend chargé par Abd el Krim.
[M. Th. Steeg, à qui nous avons demandé ce des précisions au sujet de la dépêche ci-dessus, nous a répondu qu'il ne sait pas encore si M. Gordon Cunning est réellement accrédité par Abd el Krim. Mais le résident général nous a fait remarquer que c'est en tout cas la première fois qu'un porteur de propositions de paix déclare être investi par le chef rifain du mandat de parler en son nom.]



