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L'Homme Libre - 20 décembre 1925


LHomme libre 1925 12 20 Le bolchevismE sur les routes de l'Islam

LE BOLCHEVISME sur les routes de l'Islam
De la Russie au Maroc, par le Caucase, la Turquie, la Syrie et l'Egypte

Nous avons souvent relevé ici-même les nombreuses tentatives d'expansion du bolchevisme cet article d'exportation par excellence vers les pays extrêmes-orientaux et vers les pays islamiques. Les troubles de Chine, la révolte syrienne, l'attitude de la Turquie dans le conflit de Mossoul, l'agression riffaine, autant de phénomènes dont il faut rechercher la source à Moscou.
Dans un article paru il y a quelques mois, le Dr. Legendre exprimait cette idée qu'une ruée des Asiatiques vers l'Europe pourrait être considérée comme un péril imaginaire tant que ces Asiatiques ne rencontreraient pas «une grande nation de race blanche pour souder leurs masses, les organiser, et les précipiter vers l'Occident».
Cette grande nation s'est révélée aujourd'hui. C'est incontestablement la Russie, qui depuis deux siècles se disait européenne pour les besoins de la cause, et qui aujourd'hui se déclare asiatique pour mieux affirmer son empire, organiser les masses d'extrême-Orient dans leur haine de l'Occident leur mépris depuis Troushima et Moukden - et les armer contre les puissances européennes.
Cette thèse est développée d'une façon saisissante dans un article que publie aujourd'hui même l'Illustration sous la signature de M. Jean Leune.
Le plan bolchevik, au point de vue politique, économique et militaire y est lumineusement exposé.
Voici qui concerne par exemple le développement militaire de l'action bolcheviste :


Retour 20 décembre 1925

Militairement, des officiers russes participeront à l'instruction de l'armée chinoise, à l'organisation des troupes mongoles. De puissantes usines germano-russes, installées dans des centres charbonniers et miniers, en territoire russe ou sibérien, prépareront l'armement voulu, à l'abri des regards et des enquêteurs indiscrets.
Un jour, alors, par les plaines sibériennes et russes, une partie des masses d'attaque ainsi formées pourra être facilement amenée jusqu'à la frontière de l'Occident, jusqu'à cette barrière Est-Europe, constituée par la Roumanie, la Tchéco-slovaquie, la Pologne et les Etats baltes.
J'ai dit : une partie des masses d'attaque. C'est qu'en effet, les dirigeants rouges sont savants manoeuvriers, ils ne pensent pas abattre l'Occident sous de simples coups d'un bélier même formidable, auxquels répondraient à l'intérieur d'autres coups également terribles. Pour être plus sûrs de la victoire, pour l'obtenir aussi avec le minimum d'efforts, ils ont songé à tourner leur ennemi, de manière à pouvoir, toujours par voie de terre qui seule permet les mouvements massifs, le prendre à revers, en même temps qu'ils l'attaqueraient de face, et rendre ainsi sa chute et sa défaite plus faciles et plus certaines.
A partir de l'Asie Centrale, d'où sont venues les grandes invasions qui détruisirent jadis l'empire romain, une grande voie terrestre mène vers l'Europe par le Sud de la Caspienne. Les Mongols l'ont empruntée jusqu'à la Méditerranée. Les Arabes, après Mahomet, l'avaient suivie jusqu'au cœur de la France, jusqu'à Poitiers.
Cette voie part du Turkestan passe entre la Caspienne et le massif d'Afghanistan, traverse la Perse, la Mésopotamie et, par la Syrie, atteint l'isthme de Suez. De là, par l'Egypte et l'Afrique du Nord, elle mène aux rives du détroit de Gibraltar. face à l'Espagne. Et du Turkestan au Maroc, elle traverse des pays uniquement musulmans (sauf en Syrie et en Egypte, où sont des chrétiens, mais en minorité). Cette voie, c'est presque tout l'Islam lui-même, moins l'Arabie, le Nord des Indes, le Sud de la Chine et la Malaisie.
Géographiquement, cette grande voie possède une certaine unité. Militairement, elle a été utilisée avec succès par des envahisseurs décidés. De plus, l'unité religieuse et morale des peuples qui la gardent permet d'agir sur eux beaucoup plus facilement que si ces peuples se trouvaient séparés les uns des autres par des haines de race, ou des intérêts opposés. Il était donc naturel que Moscou envisageât sans hésiter d'utiliser l'Islam contre l'Occident et d'emprunter la grande route musulmane pour le mouvement tournant projeté. Dans cette intention, le projet bolchevik comporte la création, depuis l'Asie Centrale jusqu'à Gibraltar, d'une série continue d'Etats musulmans indépendants, pouvant se transformer assez vite en république, lesquelles ensuite pourraient entrer dans l'Union des Républiques soviétiques ou tout au moins s'affilier à l'Union.
Ce jour-là, la III Internationale et ses troupes asiatiques menaceraient l'Occident, à la fois sur sa frontière Est et sur ses confins Sud-Ouest, face à l'Espagne ! L'Allemagne, parlant haut en plein cœur de l'Occident, des réactions communistes se produisant en Angleterre, en France, en Italie, en Espagne dans le même moment, il est facile de se rendre compte que les troupes rouges n'auraient pas à faire un très grand effort pour mettre toute la civilisation occidentale en péril mortel.
M. Jean Leune étudie ensuite les moyens employés pour travailler les masses musulmanes dont les doctrines sont originairement contraires aux principes bolchevistes. Et il insiste particulièrement sur l'action exercée par le Komintern sur l'Egypte, articulation vitale, charnière des routes d'Islam.
L'Egypte, écrit-il, c'est l'isthme de Suez, seul passage terrestre d'Asie en Afrique, c'est le Canal, seul passage maritime entre l'Europe, les Indes et l'Extrême-Orient. dont la perte serait pour l'Occident d'une importance formidable. L'Egypte, c'est encore la riche et féconde vallée du Nil et ses ressources agricoles; et c'est, enfin, par l'Université d'El Azhar, au Caire, le cerveau même de l'Islam. C'est pourquoi, d'Odessa et de Tachkent, des agents bien stylés étaient venus au Caire pour essayer de créer parmi les cheikhs et les étudiants d'El Azhar - musulmans fervents venus de tous les points d'Afrique et d'Asie pour apprendre et étudier la véritable doctrine coranique un mouvement d'exaspération à la fois religieux et nationaliste, à forme nettement séditieuse et révolutionnaire, qui devait s'étendre d'abord sur l'Egypte et de là rayonner sur les pays voisins, notamment sur la Syrie et l'Afrique du Nord. Heureusement, cette tentative a été éventée par le gouvernement égyptien qui y a mis fin momentanément, en arrêtant en bloc tous les agents de la propagande rouge.
Et M. Leune conclut, après avoir préconisé l'union de toutes les nations occidentales contre le péril rouge, que l'Angleterre. seule, en ce qui concerne l'Egypte, peut dresser ou non contre elle et contre l'Occident, ce cerveau de l'Islam que constitue l'université d'El Azhar. De la politique britannique dans la vallée du Nil dépend la résistance ou la rupture de la charnière de Suez :
La constitution d'un bloc franco-anglo-arabe, appuyé sur une Egypte amie de l'Occident, auquel la rattachent d'ailleurs des liens millénaires de civilisation, c'est Suez barré, gardé contre l'Asie, c'est l'Islam rebelle aux théories bolchevistes et aux appels russo-asiatiques, c'est l'Occident préservé.

PRAT-FICHER.