| L'Homme Libre - 20 décembre 1925 |
LES CONSÉQUENCES
de l'anarchie en Chine
Les Japonais occupent Moukden Les Soviets réagiront-ils ?
De combats en combats, la multiple guerre de Chine s'est portée sous les murs de Moukden.
Ce déplacement de la zone des batailles est la conséquence de la débâcle du maréchal Tchang Tso Lin, «Seigneur de la Mandchourie», que l'on pouvait considérer comme le plus sûr protecteur de l'autorité en Chine et qui devant une formidable coalition a dû lâcher pied.
Du coup, la situation du gouvernement de Pékin est fort compromise et les travaux de ia Conférence des douanes sont une fois de plus suspendus.
Mais durant la retraite de Tchang Tso Lin, un facteur nouveau intervient. Les troupes japonaises ont pris Moukden sous leur protection, tandis qu'aux abords de la ville les armées ennemies se disposent à de prochains combats. Jusqu'à présent, les Japonais n'ont envisagé l'envoi que d'un contingent de 1.500 hommes contingent autorisé par une clause du traité de Portsmouth qui mit fin à la guerre russo-japonaise, mais le jeu des événements pourra les amener à prévoir des effectifs plus nombreux. Tokio, en effet, ne permettra. pas une menace plus grave contre une position. «privilégiée», dont l'abandon équivaudrait pour lui à une retraite.
Mais quelle va être l'attitude de la Russie. On a parlé récemment d'une alliance de Moscou avec le Japon. Il est encore trop tôt. On peut même dire que les événements de Moukden ne sont pas faits pour consolider des négociations, mais plutôt pour les interrompre si toutefois elles sont déjà entamées.
Doit-on envisager un conflit, une réédition de la guerre russo-japonaise, où Moukden une fois de plus serait l'enjeu ? Le Japon est sur place. Les troupes soviétiques dont on a signalé tes mouvements, ces temps derniers, sur la frontière chinoise, ne sont peut-être qu'un mythe. Le gouvernement de Moscou, pris entre l'Occident et l'Orient, a-t-il vraiment la force de s'étendre en Asie autrement que par la propagande ?
L'U. R. S. S., n'a encore en Chine qu'une influence de façade, trop fragile pour tenter contre le Japon une nouvelle aventure. Ses seules armes ne résident guère, pour l'heure, que dans la sédition et le trouble. Facteurs bien mesquins si on les oppose aux forces nippones qui ont déjà pris pied à Moukden et qui entendent en rester maîtresses.
Excellente occasion, par conséquent pour les Soviets, de masquer un aveu d'impuissance; se mettre, pour une fois, du côté de ceux qui maintiennent l'ordre ou du moins qui entendent, par une décision catégorique, empêcher le développement du chaos chinois.
Quoi qu'il en soit, la guerre civile est dès maintenant placée sous le contrôle et «l'arbitrage» du Japon.
Julien BORDES.
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