| Le Petit Écho de la Mode - 20 décembre 1925 |
Au Fil des Jours
Etrange volatile.
La taille et l'aspect d'un poulet mal plumé; des ailes terminées comme les pattes par deux doigts griffus qui lui permettent de grimper aux arbres, aussi bien que de se déplacer à terre en y marchant comme les quadrupèdes; volant mal, mais plongeant bien dans les eaux qu'ombragent les branches où il fait son nid et d'où ses petits se laissent tomber chaque fois qu'un danger les menace: tel est, grosso modo, l'hoazin de l'Amérique du Sud, oiseau anachronique, seul survivant de toutes les espèces antediluviennes de l'âge jurassique dont la paléontologie nous a révélé l'existence et que l'on ne retrouve plus de nos jours qu'à l'état fossile. Une autre particularité de cet étrange volatile, c'est son odeur sui generis. Il sent si mauvais qu'il rendrait des points à notre putois. Bien que son habitat s'étende à tout le bassin de l'Amazone, des Andes à l'Atlantique, ce n'est que dans ces dernières années qu'il a été signalé à l'attention du monde savant par un explorateur américain, Mr. Edward Brigham.
Statues géantes.
Les modernes ont voulu rivaliser avec les anciens qui s'entendaient si bien à sculpter des effigies monstres. Sur un ilot du lac Majeur, on voit une statue de saint Charles Borromée en bronze et cuivre forgé qui mesure 23 mètres de haut. Les Munichois ont leur Bavaria, laquelle date de 1840 et n'a d'ailleurs que 16 mètres. Au Puy, couronnant le rocher Comeille qui s'élève de 132 mètres au-dessus de la ville, règne la fameuse statue de Notre-Dame de France, fondue avec les canons de Sébastopol et haute de 25 mètres. Enfin, reine des reines, par les dimensions du moins, la colossale statue de la Liberté, œuvre de Bartholdi, et qui se dresse sur un rocher à l'entrée de la baie de New-York, atteint 46 mètres.
Le coût d'une coquille.
Le British Museum de Londres se glorifie de posséder, entre autres curiosités ou raretés de librairie, un exemplaire unique de la Bible où il est dit, au septième commandement de Dieu: «Tu convoiteras le bien de ton prochain.» Il va de soi qu'une faute malencontreuse, due à l'étourderie d'un typographe et à l'inattention du correcteur, avait seule pu fausser ainsi le texte de l'Ecriture. Toute l'édition s'en trouva ruinée. C'était il y a deux cents ans et l'on était moins tolérant qu'aujourd'hui où, en pareil cas, pour obtenir l'indulgence du lecteur, l'éditeur n'aurait qu'à ajouter une note explicative à la colonne des errata. Les autorités locales, vivement émues, convoquèrent devant elles le malheureux éditeur, lui reprochèrent sévèrement d'avoir prôné le vol et, insensibles à son plaidoyer, le condamnèrent à une amende de 7.500 francs, somme considérable pour l'époque. En outre, l'édition entière fut vouée au pilon. Et elle y passa, à l'exception de l'unique exemplaire qui est conservé au musée britannique.
CLÉGUER.
| Retour 20 décembre 1925 |



