| Le Petit Parisien - 20 décembre 1925 |
L'INTERVENTION DES JAPONAIS EN CHINE
Se borneront-ils à occuper Moukden? L'occupation de Moukden par les Japonais, annoncée avant-hier par le Petit Parisien, apporte un élément nouveau et important dans la situation de la Chine. Jusqu'à présent, la guerre civile n'avait comme acteurs que des généraux chinois, dont les plus connus sont Feng Yu Hsiang, Ou Pei Fou et Tchang Tso Lin. Voici qu'une puissance étrangère est en mesure d'agir directement. Cela pourrait, par la suite, ne pas être bien vu par certaines puissances, et en particulier par les Etats-Unis et par les Soviets.
Le maréchal Tchang Tso Lin, qui avait résisté facilement aux assauts de son ennemi Feng Yu Hsiang et aux embûches de son rival Ou Pei Fou, s'est soudain trouvé en mauvaise posture à la suite d'un événement imprévu: la révolte d'une importante partie de ses troupes. Le «Seigneur de la Mandchourie» a dû se replier hâtivement vers sa capitale, talonné par les révoltés. C'est alors que le Japon, jusqu'ici en excellents termes avec Tchang Tso Lin, est intervenu pour lui dire: «Vous ne reviendrez à Moukden que si vous êtes victorieux, car nous ne voulons pas que cette région, où nous avons de si puissants intérêts, devienne le théâtre d'une lutte sanglante». Tchang Tso Lin va donc être obligé de livrer une bataille suprême.
Toutefois, les nouvelles japonaises de source autorisée s'efforcent d'atténuer l'effet produit par l'intervention des troupes du mikado. Le Japon, dit-on à Tokio, avait déjà deux divisions le long du chemin de fer de Mandchourie qui lui appartient. Le traité de Portsmouth l'autorise à maintenir 15.000 hommes en Mandchourie pour la protection de cette voie ferrée. Or les deux divisions ne comprenaient pas plus de 10.000 hommes. Le général qui les commande a demandé des renforts en raison des événements actuels; il s'agit donc bien d'une initiative japonaise et non de celle des consuls étrangers. Un détachement de 1.000 hommes a été envoyé de Corée à Moukden, mais il retournera en Corée dès que les 2.500 hommes envoyés du Japon, et qui sont actuellement en route, auront rejoint les forces stationnées en Mandchourie.
On ajoute à Tokio que les mesures prises par le Japon ont pour but de protéger non seulement les intérêts japonais, mais ceux de tous les autres étrangers. En outre, les troupes japonaises ne doivent pas porter secours à Tchang Tso Lin, mais observer une stricte neutralité entre les belligérants, conformément à la politique de non-intervention dans les affaires chinoises.
Les Soviets, qui ont de la sympathie pour Feng Yu Hsiang, et les Etats-Unis, qui se sont toujours efforcés d'enrayer l'activité japonaise en Chine, ne verront peut-être pas avec plaisir l'intervention de Tokio. Si cette dernière paraissait s'étendre, les événemente d'Extrême Orient pourraient devenir encore plus mouvementés.
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