| L'Œuvre - 20 décembre 1925 |
A la mode de chez nous
Voici une nouvelle manie et d'un délicat! On déforme l'orthographe des prénoms. C'est le dernier cri de signer Pière Colombier ou Jacline Aurel.
Sous prétexte que les noms propres n'ont pas d'orthographe, ce n'est pas une raison pour mutiler celle que la tradition a adoptée. Quel avantage a cette Adolphine à signer Adolfine ou cet Albert à supprimer son t? Originalité? cet alcibiadisme est-il dû à la lecture du Platon d'Abel Hermant ?
Pour les personnes qui veulent suivre la mode et manquent d'imagination, on se doit de publier un calendrier qui permettra à l'innombrable tribu des snobs de se tenir à la bonne page : il est intolérable de ne pas signer Kristof ou Ellène dans un temps où la moindre restriction est le témoignage du plus sûr patriotisme.
Mais pourquoi borner cette simplification aux noms propres ? Pourquoi ne pas prouver qu'on peut très bien se faire comprendre sans tenir compte de règles désuètes et de méthodes surannées? Parler Vaugelas, comme si c'était de notre époque !
Supprimons la syntaxe, l'orthographe et la grammaire, laissons libre cours aux fantaisies particulières, ce qui nous permettra de deviner à la moindre ligne si l'écrivain a le cœur simple ou l'esprit compliqué.
Si l'un écrit: G é t man g d trip à la mod'de kanJ'ai été manger des tripes à la mode de Caen... pourquoi une autre n'écrirait-elle pas : « Jeu vous zème et jean meur! » ce qui nous reposerait des mots qu'on devine dès la première lettre et des phrases qu'on achève dès le premier mot.
D.
Autres utilisation des fables de La Fontaine...
Le renard et les raisins Le renard et les raisins
Le loup devenu berger Le loup devenu berger
Le rat qui s'était retiré du monde Le rat qui s'était retiré du monde
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