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CAMILLE FLAMMARION FUT INHUMÉ DANS SON JARDIN
Lorsqu'on allait rendre visite à Camille Flammarion dans son observatoire de Juvisy, l'astronome ne manquait jamais de faire en votre compagnie une promenade à travers son parc. Il était fier de ses arbres et nommait au passage ceux qu'avaient plantés l'empereur du Brésil, la reine de Roumanie; car ce savant avait eu des rois et des reines pour jardiniers. Et, tout à coup, il s'arrêtait, au bout d'un sentier, devant un espace fleuri, tout baigné de silence, et disait sans trembler: - Voilà ma tombe; elle est prête; je descendrai, un soir, de mon cabinet pour prendre ma place. Un soir, après une bonne journée de travail. Et ce visionnaire, en relation avec des forces inconnues, avait vu juste. Tout s'est passé comme il l'avait dit. Sans souffrances, comme s'il poursuivait un beau songe, il est descendu dans le jardin qui l'attendait. Il est mort comme un poète, comme un amoureux du ciel. Mercredi, après une journée de labeur, il ouvrit sa fenêtre pour contempler l'immensité calme qui lui avait livré ses secrets, puis il ferma les yeux, frappé une dernière fois par la splendeur de la nuit; c'était fini. Il eut les obsèques qu'il avait rêvées : autour de Mme Camille Flammarion, sa collaboratrice, la confidente de ses pensées et de ses visions, s'étaient assemblés des savants officiels, dont le maître avait été l'initiateur. Par une faveur inespérée, le président du Conseil était un savant comme lui, qui parlait son langage et partageait son idéal. M. Paul Painlevé n'a jamais été aussi bien inspiré, sur n'importe quelle tribune, qu'hier devant cette dépouille mortelle et ce grand parc. Par la porte largement accueillante étaient entrés les enfants des écoles, des ouvriers, des paysans en tenue de travail qui venaient saluer une dernière fois celui qui leur avait révélé la poésie du ciel. Ensuite Camille Flammarion fut transporté dans son jardin et aucun ami ne pleura parce que, pour le disparu, la mort, c'était encore de la lumière.
Jean Vignaud.
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