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LES ORIGINES DES TROUBLES DE CHANGHAI
Le mouvement actuel, dont l'importance semble s'accroître chaque jour, fut provoqué et encouragé par les bolcheviks Le mouvement xénophobe qui a éclaté il y a huit jours dans le grand port chinois de Changhai prend de jour en jour des proportions plus inquiétantes. L'origine apparente de ces troubles est dans un incident banal : la mort d'un ouvrier chinois tué dans une bagarre avec des Japonais au cours d'une des nombreuses tentatives de sabotage dirigées depuis trois mois contre les filatures de coton japonaises. Rendus furieux par cette mort, les ouvriers chinois en grève de ces filatures organisèrent, le 30 mai, avec le concours de nombreux étudiants et malgré l'interdiction des autorités, une manifestation nettement xénophobe. La police ayant arrêté quelques-uns des meneurs fut assaillie à son tour par les manifestants et, pour dégager son poste qui allait être pris, dut faire usage de ses armes. Une dizaine de Chinois furent tués et quelques autres blessés, ce qui n'a cessé de provoquer depuis sur la concession internationale une série de collisions dont les victimes furent nombreuses. Tel est le fait initial. Mais il est clair que le mouvement couvait depuis longtemps déjà. Ce qui semble certain, d'autre part, c'est qu'il a été, sinon provoqué, du moins très sérieusement encouragé par la propagande bolcheviste. Ce sont des émissaires de Moscou qui montent la tête aux étudiants contre la prétendue exploitation des étrangers et qui poussent les ouvriers à la grève, à l'émeute et à l'attaque des concessions internationales. Cette propagande est habilement montée et Changhaï est loin d'être son unique champ d'action. L'ambassadeur des Soviets Karakhan ne semble, du reste, pas étranger à ces menées politiques qui poursuivent un double but évincer de Chine les influences étrangères, c'est-à-dire japonaise, anglaise, américaine et française et préparer le terrain pour l'entrée future de la grande république d'Extrême-Orient dans le sein de l'U. R. S. S. Une pareille proie est convoitée avec ardeur à Moscou et, par ailleurs, les masses chinoises, prédisposées au communisme et pauvres, ne se montrent pas entièrement rebelles aux promesses des émissaires de la III Internationale. Les tendances bolchevistes qui prédominent à Canton en sont le plus éclatant exemple. Sans doute, en attendant de réaliser des desseins plus larges, la propagande révolutionnaire veut-elle faire de Changhai un deuxième Canton. Ce dangereux état d'esprit se trouve malheureusement entretenu par les autorités chinoises de Pékin, dont on n'a pas lu sans surprise la note au doyen du corps diplomatique. De pareils encouragements ne peuvent, en effet, qu'aggraver la situation. En attendant une intervention commune et énergique des puissances, qui n'a pas encore, croyons-nous, été envisagée, mais qui pourrait devenir nécessaire, les plus sérieuses précautions ont été prises à Changhaï pour assurer la sécurité des ressortissants étrangers.
(Voir à la Dernière Heure, nos dépêches sur l'extension de l'agitation à travers la Chine.)
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