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L'Oeuvre - 07 juin 1925

Pendant que le lait baisse le prix du beurre monte dans des proportions inquiétantesLOeuvre 1925 06 08 Pendant que le lait baisse le prix du beurre monte

Un phénomène parfaitement ahurissant vient de se produire. Tandis que ces jours-ci, comme tous les ans à pareille époque, le prix du lait baissait, les cours du beurre ont brusquement monté. C'est comme si le pain devenait plus cher quand la farine diminue. Surtout, n'incriminez pas votre laitière ou votre fruitière. Le quart de beurre ne fait que refléter les prix de gros. Aux Halles, il y a deux ou trois jours, le prix moyen des beurres atteignait, aux cent kilos, 1.330 francs, contre 1.045 francs à la même époque il y a un an.
Des lecteurs m'écrivent que la hausse doit être causée par l'exportation. J'ai vérifié. C'est inexact. On sait que l'exportation du beurre n'est pas libre; elle est soigneusement «contingentée», comme disent les spécialistes, et elle a été fixée pour 1925 à 15.500 quintaux, quantité sur laquelle les deux tiers sont jusqu'à présent sortis de France. Cette quantité représente tout juste la centième partie de notre production annuelle, qui s'élève à un million cinq cent mille quintaux.
Pendant que je suis en pleine statistique, je peux bien ajouter que cette production représente trente-huit millions d'hectolitres de lait. Quel fleuve !

Mais revenons à la hausse. La tension des changes y est pour beaucoup. Les beurres étrangers ne peuvent plus venir concurrencer efficacement les nôtres. Et puis il faut bien dire que, malgré le prix énorme de l'existence, le public achète surtout des beurres de première qualité. Il se refuse à comprendre qu'on peut et qu'on doit employer pour faire la cuisine du beurre moins fin et par conséquent moins cher que celui qui paraît sur la table de la salle à manger. Il peut y avoir eu, par-dessus le marché, pour provoquer la hausse, des manoeuvres de mercantis. Je supplie notre sympathique préfet de police de ne pas s'émouvoir de leurs agissements et de ne pas demander à son intelligent et actif directeur du service de la répression des fraudes, M. Lavayssé, de se livrer à une enquête parfaitement inutile. M. Morain sait mieux que personne, hélas ! que les moyens de répression lui manquent. On les lui donnera peut-être quand la cherté toujours croissante de l'existence aura contraint la classe moyenne de ce pays à aller chanter dans les cours les dimanches et jours de fête. Nous n'avons plus beaucoup à attendre.

Ce qu'il y a d'inquiétant dans cette hausse du beurre, ce sont ses conséquences sur le prix du lait. Avec les cours que le beurre atteindra fatalement cet hiver, étant donné les prix actuels, le paysan ne nous enverra plus son lait. Il aura intérêt - il l'a déjà - à en faire du beurre et du fromage. Mettez-vous à sa place. Il déclare déjà avec force depuis longtemps que le lait n'est pas payé à son prix. Il ne nous l'enverra plus... La hausse du beurre prépare inévitablement, ou un crise du lait pour l'hiver prochain, ou une montée des prix. Il faudra choisir entre ces deux alternatives. A ce moment, d'ailleurs, nous reparlerons de la hausse de tous les produits, de toutes les denrées. Entre parenthèses, voilà la viande portée aux prix de 1920, les plus élevés qui aient été enregistrés.

HENRI GÉROULE.

Pommes de terre

Vers Saint-Servan, vers Saint-Malo, un cortège interminable suit les routes, toutes les routes. Les voitures se ressemblent comme des sœurs, tirées par un brave petit cheval, conduites par un bonhomme ou une bonne femme qui somnole sous le soleil. Dans les charrettes des paniers de pommes de terre.
J'ai demandé stupidement :
- On mange tellement de pommes de terre dans le pays de Surcouf ?
- Mais non, c'est pour expédier!
- Ah oui! aux Halles!
Mais le malin Malouin m'a regardé avec un sourire.
- En Angleterre!
Et, en effet, j'ai vu des bateaux entiers de pommes de terre nouvelles qui s'en allaient vers les ports de l'ennemi héréditaire. C'est une belle revanche que prennent les gars de Saint-Malo, sans parler du beurre, des artichauts, des choux-fleurs et des petits pois.
- Combien vendent-ils leurs patates, vos compatriotes?
- Dans les soixante-dix francs les cinquante kilos. Ils peuvent bien, au cours de la livre!
- Mais on les paie trois francs à Paris?
- C'est parce que la denrée est rare, puisque presque tout ce qu'on arrache par ici part pour là-bas.
- On paie le beurre dix francs le kilo en Normandie, et il paraît qu'on l'accapare aussi pour l'expédier aux Anglais.
Mais le Breton a vidé sa pipe en la tapant sur son ongle:
- Ben oui! on le payait 40 sous avant la guerre.
Il a ajouté en me regardant avec ses yeux d'un bleu liquide.
- C'est-il ma faute?

D.

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