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Paris-Soir - 14 juin 1925

La vérité sur les incidents de la MartiniqueParis soir 1925 06 14  incidents sanglants en Martinique

Le courrier qui vient d'arriver de la Martinique nous apporte des précisions nouvelles et utiles sur les incidents douloureux qui ont marqué la journée sanglante du 24 mai.
Ces détails complémentaires confirment entièrement les renseignements publiés dans Paris-Soir. Ils nous permettent aussi de réfuter la version systématiquement erronée, donnée aujourd'hui même par un journal du matin, version qui, pour les besoins de la cause, va parfois jusqu'à l'invraisemblance la plus flagrante…

COMMENT MM. DES ÉTAGES ET ZIZINE ONT ÉTÉ TUÉS
C'est ainsi que, parlant de la mort, à Ducos il vaudrait mieux dire de l'assassinat - des conseillers généraux Des Etages et Zizine, tués dans le dos par le gendarme Roquet, on vient prétendre que, deux coups de revolver ayant été tirés, le commissaire de police aurait crié à un gendarme : «C'est M. Des Etages qui a tiré, arrêtez-le!». M. Des Etages aurait alors battu en retraite, armé d'un pistolet automatique dont il menaçait le gendarme. Au moment où il arrivait dans le couloir d'une maison, le gendarme, pour se défendre, aurait fait feu, tuant M. Des Etages et M. Zizine qui par hasard !... - se trouvait devant lui ...
La vérité est tout autre, et combien plus facile à comprendre :
M. Des Etages revenait de Fort-de-France, où il s'était rendu en compagnie de M. Saint-Ange-Amant, tête de liste du parti socialiste à Ducos, auprès de l'inspecteur des colonies Pégourier, actuellement en mission officielle, nous l'avons signalé, à la Martinique et qui (depuis quelques jours. indiquons-le, est l'objet des attaques violentes de la presse de M. Richard).
Le but de cette démarche était d'indiquer à M. Pégourier que, en raison du manque de garanties pour la sincérité du vote, les amis de M. Saint-Ange-Amant s'abstiendraient d'y prendre part. Attitude honnête et logique...
En arrivant à Ducos, à midi, M. Des Etages était également accompagné d'un photographe, pour prendre des vues de la mairie, devant laquelle on avait installé et ce n'était pas la seule - des fusils mitrailleurs et des fils de fer barbelés.
Un des «amis» de M. Richard prétendit s'y opposer. Aucune loi ne l'interdit pourtant. Mais s'embarrasse-t-on pour si peu à la Martinique !...
Cette discussion se produisait devant la maison de M. Narem, où se trouvait déjà M. Zizine. Celui-ci sortit, protesta avec véhémence. Puis, pour éviter tout incident, les deux amis rentrèrent dans la maison. C'est alors que, tandis que ses collègues expulsaient brutalement l'infortuné photographe qui s'était cru... en France, le gendarme Roquet, sur l'ordre, nous affirma-t-on, du commissaire Laballète, s'avança et froidement tira comme on tire un lapin sans défense…

(Voir la suite en 3 page)
Charles LUSSY.

La balle tirée à trois mètres environ traversa les deux corps. Des Etages et Zizine tombèrent foudroyés, tués dans le dos.
Dans le dos, répétons-le. Et ceci interdit de parler de légitime défense. Au surplus, est-il besoin de souligner encore que les prétendus coups de revolver et de fusil tirés contre les gendarmes n'ont fait aucune victime!
Tandis que, hélas ! lorsque c'est la «force armée» qui a tiré, dix morts et quatorze blessés attestent l'authenticité et la précision du tir !
A qui fera-t-on croire, en outre, que s'il avait tenu une arme à la main, M. des Etages se serait ainsi laissé fusiller à bout portant sans même un mouvement réflexe de défense I
Tués dans le dos MM. Zizine et Des Etages, ont été lâchement, et sans motif avouable, assassinés. Il n'y a pas d'autre mot.

LA TUERIE DE DIAMANT Qu'on ne cherche donc pas à soutenir ce qui n'est pas soutenable. Pas davantage, on n'accréditera cette sotte légende que les incidents de Diamant ont eu à l'origine une haine de noirs contre blancs dont le colonel Coppens, conseiller général du parti cher à M. Richard, aurait été victime.
Rien ne serait sans doute arrivé à Diamant, si, le 3 mai, au premier tour de scrutin, des électeurs ayants en la curiosité de contrôler l'urne avant l'ouverture du vote n'y avaient trouvé... trois cent cinquante bulletins mis à l'avance par les soins du bureau présidé par M. Coppens... En France, il y a une loi stricte qui réprime ce genre d'opérations et ceux qui en sont les auteurs. A la Martinique, lorsqu'ils sont les amis du gouverneur, on se contente de renvoyer le scrutin à une autre date… ...Et on convoque les gendarmes. A Diamant, comme à Ducos, un grand nombre d'électeurs, pour protester contre ces pratiques de bas Empire, s'abstinrent, le 24 mai, d'aller voter. Mais lorsque l'urne fut rapportée, à cinq heures, de la mairie à la caserne de gendarmerie, il y eut manifestation. Les esprits étaient surexcités; il y eut même quelques pierres lancées.
Et alors la mitrailleuse entra en action. Ce fut effroyable... Balayant en éventail, décrivant son arc meurtrier, elle faucha. Huit morts, quatorze blessés en un instant, tous à la même hauteur, la a plupart frappés dans le dos tandis qu'ils fuyaient. Le colonel Coppens s'avance à ce moment; lui aussi tombe... Plus tard, on affirmera que c'est une balle de fusil de chasse qu'on a retrouvée dans son corps, transporté à son domicile avant toute constatation légale. Quelle dérisoire diversion…

TOUJOURS EN LIBERTE Et l'ouvrière tuée dans la rue à Ajoupa-Bouillon? Et les conseillers généraux Zizine et Des Etages. Et les sept autres morts, et les quatorze blessés de Diamant ?
Ceux qui ont commandé ou laissé accomplir de tels actes, ceux qui les ont exécutés resteront-ils longtemps impunis ? Lagrosillière arrêté au mépris de toute justice, n'est pas encore en liberté.
Mais le gendarme Roquet, connu et publiquement désigné comme l'auteur de la mort de MM. Des Etages et Zizine, n'a pas été inquiété. Il serait même, nous dit-on, rentré en France par le courrier d'hier, tranquille et libre. Est-ce que le ministre des Colonies et le garde des Sceaux ne pensent pas que la justice, qu'ils ont la charge de défendre, ne peut pas être plus longtemps méconnue et bafouée....

LES VICTIMES DE M. RICHARD De nombreux Martiniquais, qui suivent avec émotion la campagne menée dans nos colonnes, nous ont demandé s'il n'était pas possible de publier la liste des victimes de Diamant. La voici, telle que nous la possédons à ce jour :

Sept morts. qui sont, en plus du colonel Coppens: MM. Pierron Michel, Neveu-Galet Casimir, Joilan Henri dit Hector, Paul Borrhomée, Mathieu Hubert, Herrard Libanus, Evariste Saint-Aimé.
Quatorze blessés : MM. Ladislas Saint-Ange, Gabriel Thorel, Orleus Borthomée, Isidore-Gaston Cléckata, Pascal Lamoney, François Sainte-Catherine, Michel Domozie, Paul Priam, Charles Pinocady, Pierre-Adolphe Duverly, Louis-Marie Eleuther, Hector Pieron, Félix Jourdain, Euchariste Croisy.

Charles LUSSY.

Hugues Toussay maire du Diamant -Martinique-

Henri Richard gouverneur de la Martinique en 1925 n'a laissé aucune trace autre que ces tragiques évènements.

La Bignole n'a trouvé les noms des autres victimes mentionnés nulle part... Parce qu'ils n'appartenaient pas à la classe des élus ?

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