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Paris-Soir - 14 juin 1925

DU POINT DE VUE DE SIRIUSParis soir 1925 06 14  Gabriele dAnnunzio et la Villa Gardona de Henry Thode
Le divin poète !

M. Gabriele d'Annunzio est un grand poète. Itou un grand romancier. De même, un grand dramaturge. Mais c'est, en même temps, un drôle de type.
M. Gabriele d'Annunzio est un immense cabotin. Il mérita, voici quelque temps, d'être qualifié de «fioumiste». Il joue, de l'autre côté des Alpes, les patriotes intransigeants. Il rêve de la plus grande Italie. Et il prend devant le monde, des poses avantageuses.
Poète et cabotin. L'un va souvent avec l'autre. Les poètes, pour la plupart, s'imaginent d'essence divine. Ils affectent un superbe mépris pour le troupeau des non-rimailleurs. Et c'es Victor Hugo qui songeait, à l'heure même de la mort, à dire à Dieu : « Cher confrère !... »
Mais les poètes sont parfois pratiques. Si l'or est une chimère, comme l'on chante dans Robert le Diable, il ne dédaignent pas sa poursuite. Ils alignent les mots; mais ils alignent auss les billets. Quant aux poètes qui meurent de misère, ce sont, évidemment de simples maladroits.
C'est pourquoi Gabriele d'Annunzio est le poète par excellence. Lui aussi tutoie le Père Eternel et lui tape sur le ventre. Mais lui aussi a su se constituer de belles rentes avec de belles phrases.
Il a fait mieux, ce bon Gabriele, et il est curieux que la presse internationale qui relate si complaisamment ses hauts faits, ait fait le silence sur sa dernière aventure. Elle vaut pourtant d'être, connue. M. Gabriele est simplement accusé de vol. Il aurait barboté la fameuse villa Gardona à un écrivain allemand, le critique d'art Henry Thode.
C'est la veuve de l'écrivain qui se dresse pour accuser Gabriele et lui réclame les richesses qu'il s'est appropriées, soit un mobilier très précieux, une bibliothèque de sept mille volumes de prix avec manuscrits de la main de Wagner; soit encore des tableaux d'une valeur considérable. Mais il faut lire les détails de cette histoire tels que nous les a donnés un confrère du matin. Il faut voir, surtout, la noble réponse que fournit le poète : «Je me suis montré surhumain », clame-t-il. A quoi la dame riposte en l'appelant Caïn.
O quel admirable sujet pour nos revues de fin d'année ! Et comme on comprend que Gabriele, pincé sur le tas, en pleine mercante, se soit réconcilié avec le signor Mussolini.
Ce porte-lyre est un amateur de tirelires.
Et l'on nous assure, ô Pierre Gringoire ! que les poètes vivent dans la lune. La lune ! Gabriele serait capable de la débiter en tranches ou de la vendre au poids.

Victor MERIC.

Henry Thode dépossédé de ses biens en Italie par Gabriele D'AnnunzioGabriele D'Annunzio poète Italien, un drôle de type

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