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L'Œuvre - 28 juin 1925

LETTRE D'ANGLETERRELOeuvre 1925 06 28 art 03 crise économique en Grande Bretagne 3
Crise économique et crise sociale

De mai 1924 à mai 1925, les exportations de la Grande-Bretagne se sont resserrées de plus de 6 millions de livres sterling.
Toutes les industries fondamentales en sont atteintes. Les houillères perdent 2 millions de livres ; la métallurgie, un million et demi; les fabriques de drap, un million et demi; les fabriques de cotonnades, un million.
Les importations ont décru aussi de près de 18 millions, et surtout en matières premières et en produits alimentaires. C'est-à-dire que la capacité de production de la Grande-Bretagne est énervée et que le pays doit, d'un cran, se serrer la ceinture.
Les chemins de fer, charriant moins de marchandises, drainent moins de profits. Et les bateaux, apportant moins, emportant moins, rapportent moins. Tout explique le chômage.

Il y a, en Grande-Bretagne, 42 millions d'habitants. Il y a sur ce nombre un million 290.000 chômeurs. Chaque trente-troisième passant est un chômeur.
La cohue des sans-travail a augmenté d'un quart de million en douze mois, de cent mille ces quinze derniers jours. Cent mille !
Les industries de transformation assoupies absorbent moins de leur aliment essentiel le charbon. Il y a, sur le carreau des mines, 160.000 mineurs qui demandent en vain de redescendre au fond.
Or ce n'est pas assez encore. Les propriétaires de charbonnages dénonceront, le 30 juin, le contrat de travail en vigueur. On peinera huit heures au lieu de sept. Et à salaire réduit. Que la production dépasse les besoins et d'autres mineurs seront licenciés.
En réalité, en l'état des choses, toute production est surproduction. Les stocks s'accumulent. Les chefs d'entreprises n'osent se chager de la responsabilité d'un lock-out. Ils préféreraient, par leur intransigeance, pousser les mineurs à la grève.
Ainsi, ceux qui travaillent encore aujourd'hui devront peut-être croiser les bras demain. Cette considération et la solidarité de classe les ont, dimanche dernier, fait se joindre en masses aux manifestations de sans-travail, dans trente cités industrielles de province.

Et à Londres.
Trafalgar Square. La vaste place en demi-cercle. Au milieu de l'arc, la colonne Nelson, avec l'énorme dé de base et les quatre lions de pierre gisant aux quatre coins.
La corde du demi-cercle: un mur de soutènement. Au-dessus, la National Gallery. De chaque côté, une rampe qui monte, en pente douce, vers le musée, et des rues venant de toutes parts. A deux pas, Piccadilly, et le Strand, et les ministères, et Saint-James, le palais royal. A trois pas, le Parlement. Foule. Foule sur la place, foule sur les rampes, foule sur le parapet du fond et jusque sur le socle de la colonne, dont trois côtés font une triple tribune à hauteur d'homme. Les pigeons, chassés du square, se sont juchés sur le fronton et sur le dôme de la National Gallery et regardent.
Sans cesse, de toutes parts, d'autres manifestants débouchent en cortège, derrière la clique : tambours, grosse-caisso et fifres.
Cependant, sur le piédestal, un orateur va et vient à grandes enjambées, fait de grands gestes, vocifère, tonitrue et pousse de tels rugissements que les pigeons, là-haut, s'effarent, et que l'on se demande si le vieux lion populaire, qui somnole au coin de la colonne, ne vient pas de s'éveiller en sursaut.
Du péristyle du musée, on ne voit que des têtes et des têtes encore, innombrables et drues comme graines de pavot. Où donc ai-je déjà vu tant de têtes que ça ?...
Et, toujours, les notes aigrelettes des fifres, et le roulement du tambour, et le martèlement de la grosse-caisse. Et encore des drapeaux rouges et des bannières, amples et lourdes, brodées et peintes, historiées, enluminées, chargées d'inscriptions et d'emblèmes, suspendues par une hampe transversale au bout de deux montants, et quelques-unes si démesurées et pesantes qu'on les traîne dressées sur deux roues.
Mais où donc ai-je déjà vu tant de têtes, de drapeaux et de bannières ? Sur quelles photos ?...
Contre la colonne, dominant ce meeting monstre, un enfant déroule un placard qui le cache tout entier Long life to Soviet-Russia! Longue vie à la Russie des Soviets !
L'orateur va, vient, gesticule et enfle la voix : L'industrie chôme, ou presque. Et c'est pourquoi nous chômons tout à fait, nous, les chômeurs. Et c'est pourquoi vous, travailleurs, vous chômerez demain.
Notre vaste Empire britannique n'est plus qu'un débouché précaire, depuis qu'en tout endroit de cet Empire l'on s'est mis à fabriquer.
« L'Europe occidentale et l'Europe centrale sont saturées ou sont trop pauvres.
« Il nous faut la Russie, l'immense Russie en friche. Là, cent millions d'êtres humains nous attendent pour nous donner du blé et du pétrole, et leurs corps à vêtir, et leurs corps à nourrir, et leurs bras à équiper d'outils... » Debout sur un des lions, un ouvrier lève par trois fois sa casquette; et, par trois fois, la foule acclame.
Russie Etrange mot-ferment. Aucun de ceux qui sont réunis là ne l'entend sans que le cœur lui en gonfle d'espérance.
Il se persuade chaque jour davantage que le pain qui lui fait défaut ici peut lui venir de cette terre lointaine, mystérieuse et défendue. C'est son mensonge vital. Ne lui dites pas qu'il est communiste, qu'il est bolchevik. Il se fâcherait. Il est trade-unioniste. Sans plus. Pourtant, il va au bolchevisme d'une démarche aveugle, mais fatale, d'hypnotisé.

Comme il y a eu meeting, dimanche, au Trafalgar Square, il y a eu meeting dans trente grandes cités industrielles du pays. Une résolution a été votée, enjoignant au gouvernement de reprendre immédiatement les négociations avec le gouvernement russe, afin de renouer des relations commerciales ». Et, à chacun de ces meetings, la même,
Cette résolution, les représentants du conseil général du Congrès des Trade-Unions l'ont portée, ce matin, à M. Baldwin. Le Premier les reçut, entouré de M. Chamberlain, ministre des affaires étranres, du ministre du travail et du ministre du commerce.
Le gouvernement cèdera-t-il ? On résiste mal à la volonté unanime de quelque dix millions d'ouvriers. Et, cependant, s'il obtempère, si l'Angleterre traite avec les Soviets, si elle envoie de l'argent et des machines, ce sera les armer contre elle-même. Et contre nous.

Marcuse

 LES EVÉNEMENTS DE CHINE
Une protestation de la France

Canton, 27 juin. A la suite de la fusillade de mardi dernier, le consul France a adressé au gouverneur civil une note disant notamment :
Le gouvernement français aura à demander une indemnité pour le meurtre d'un Français et pour les dégâts causés aux biens; mais, pour le présent, il n'est pas question d'indemnité. Il s'agit de savoir si les autorités chinoises approuvent ou désapprouvent les actes commis, si elles s'efforcent d'enrayer les désordres, ou bien si elles acorderont leur protection aux émeutiers.
La décision des autorités chinoises est d'une grande importance. En tant que représentant d'un pays pacifique désirant éviter toute effusion de sang, je ne refuserai pas d'examiner, pourvu qu'elle soit compatible avec l'honneur de la France, toute proposition en vue d'un règlement pacifique. Toutefois, si de nouveaux attentats ont lieu, nous serons obligés, bien qu'à regret, de recourir à tous les moyens à notre disposition. J'adjure le gouverneur et les autorités civiles, conclut le consul de France, de faire tous leurs efforts pour faire régner la paix et la tranquillité. Autant que lon sache, aucune réponse à la note ci-dessus n'a encore été faite.

Un hydravion tombe dans une rue d'Alicante

Madrid, 27 juin. Dans la journée d'hier, un hydravion venant d'Alger, conduit par le pilote Mongat et ayant à bord le télégraphiste Salvateur, est tombé avec un bruit formidable sur le boulevard de l'Esplanade, après avoir heurté un para-tonnerre puis la coupole d'un édifice voisin et s'être ensuite accroché aux câbles du tramway qu'il a rompus, pour s'écraser finalement sur le pavé de la chaussée. Les corps des aviateurs ont été retirés complètement carbonisés des débris de l'avion.
Un habitant qui se trouvait à sa fenêtre au moment de la chute de l'hydravion a été grièvement blessé par la queue de l'appareil.

Le mandat de la France sur le Togo

Genève, 27 juin. La commission des mandats de la Société des Nations a poursuivi aujourd'hui 27 juin, en presence de M.Duchêne et de M. Bornecarrere, l'examen du rapport français sur l'administration du Togo. La commission a félicité les représentants de l'administration française sur la façon dont la France exerce son mandat au Togo, ainsi que sur les résultats excellents obtenus.

Stanley Baldwin premier ministre Britannique de1924 à 1929

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