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LA VISITE DE LA VILLE
Une ville qui se respecte possède toujours une ou plusieurs promenades et un certain nombre de monuments. Les promenades sont généralement des jardins peuplés de nourrices et de voitures d'enfants. Les monuments, historiques ou non historiques, se ressemblent tous, La cathédrale est toujours fort belle, mais fort obscure aussi, et les discours du sacristain-cicerone n'y ajoutent pas beaucoup de clarté. Que déchiffrer dans tous ces termes mystérieux de jubé, de transept, d'abside, de linteau et d'entablement? Reste, pour les alpinistes, l'attrait des 250 marches du clocher à monter. L'hôtel de ville est très beau aussi, mais d'une modernité un peu trop éclatante. Plus ancien, le palais de justice a le tort d'évo- quer de pénibles souvenirs. Le musée est toujours fermé aux jours ou aux heures commodes. Les quartiers neufs de la ville n'offrent aucun caractère; les quartiers vieux en offrent trop, car ils sont tortueux, en pente et mal-odorants. Le mieux donc, quand on tient à connaître une ville, c'est d'entrer chez le premier papetier et de demander la collection des cartes postales illustrées. La photographie idéalise toutes choses. On fait son choix et on l'adresse à ses amis qui seront touchés de cette marque de souvenir et jalouseront votre bonheur. Car le premier point en voyage n'est pas tant de voir que de faire croire qu'on a vu. On économise ainsi temps, fatigue, prix d'entrée et pourboires.
LOUIS LANDRON,
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