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Le Petit Parisien - 05 juillet 1925

LISIEUX FÊTE LA BÉATIFICATION DE SŒUR THÉRÈSE
Ces fêtes grandioses qui vont se poursuivre jusqu'au 12 juillet, se dérouleront au milieu d'une affluence considérable de pèlerinsLe Petit Parisien 1925 07 05  béatification de Soeur Thérèse de Lisieux

Lisieux, 4 juillet (de notre env. spéc.) Le 4 octobre 1897, le corbillard des pauvres recevait à la porte du Carmel de Lisieux, le cercueil d'une jeune religieuse qui venait de mourir à vingt-quatre ans. Suivi de quelques parents, sans autre pompe que la féerie des arbres d'automne, il le portait au cimetière, là-haut, sur la colline.
Que pourra dire notre mère supérieure de cette petite sœur Thérèse ? demandait alors une des compagnes de la morte, elle n'a vraiment rien fait d'extraordinaire !
Vingt-huit ans ne sont pas écoulés et, fait presque unique dans les annales de l'Eglise dont les élus attendent parfois l'auréole pendant des siècles, le 17 mai dernier, dans une cérémonie d'un éclat incomparable, le pape Pie XI admettait au nombre de ses saintes l'humble petite carmélite.
Ici, à Lisieux, qui peu à peu acquiert une célébrité, commencent aujourd'hui les fêtes solennelles de la béatification. Elles dureront neuf jours. Il y vient un cardinal, quatre archevêques, une vingtaine d'évêques, des religieux et des prêtres par centaines. Il y vient des multitudes de fidèles accourus non seulement de tous les pays d'Europe, mais d'Amérique, du Canada, d'Australie, des Indes, du Japon,
Enfin, le 12 juliet, 50.000 pèlerins, dit-on, suivront à travers les rues la châsse de vermeil offerte par le Brésil et contenant les reliques. Trop nombreux pour pénétrer dans les églises, ils écouteront ensuite sur la place de la Cathédrale l'éloge de la petite sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, que quatre haut-parleurs lanceront à tous les échos. Pourquoi cette gloire prodigieuse et précoce? Qu'a donc fait cette jeune fille? Fondé un ordre ? Construit des églises ? Rempli des missions et subi le martyre en terre lointaine? Non. Douce et humble de cœur, elle a passé comme le lis des champs, priant, rêvant, aimant. Ce n'est rien. C'est tout.
L'irrésistible vocation de l'enfant,
Une enfant comme les autres. Elle était la dernière de cinq filles, dont quatre sont encore vivantes et religieuses dans ce même Carmel qui la glorifie. Elle perdit sa mère à quatre ans et vint s'installer à Lisieux avec ses sœurs et son vieux père, commerçant qui possédait une modeste aisance. La petite maison de briques, dominant les lourds ombrages d'où jaillissent les clochers gris de la ville, n'a pas changé. On y voit encore le lit de la fillette, une haule chaise de bébé, une poupée et son berceau, les casseroles d'un petit ménage, tous les modestes jouets. Sur un pupitre d'écolière, un catéchisme, un atlas ouvert semblent attendre. Dans le jardin, blotti contre le mur, un autel minuscule avec le petit Jésus sur la paille de sa crèche entre l'âne et le boeuf. Tous les témoins attendrissants d'une enfance choyée.
A neuf ans, Thérèse entre comme élève à l'abbaye des Bénédictines.
Elle était toujours première en composition, me dit sa cousine, Mme Le Neel. Mais, pendant les récréations, elle se tenait à l'écart, les mains jointes, le regard absent. Si douce, si angélique qu'on disait d'elle: « Sûrement, elle ne vivra guère... »
Suspendue au bras de son père, elle, se promenait parfois dans les rues de Lisieux, où les antiques maisons, sous leurs pignons pointus aux poutres noircies, semblaient se pencher pour la voir. Longue, frêle, un peu ployée, elle était si voilée par ses grands cheveux blonds, maintenant couchés en gerbe sur une table du couvent, qu'à peine savait-on qu'elle était belle. Mais on n'oubliait jamais son regard clair, profond, empli d'un mystère indicible.
Elle avait le ciel dans les yeux, me dit une vieille marchande.
Déjà les yeux se détournaient de la terre. Ce coeur était avide de silence et de solitude: Un soir, posant sa tête sur la poitrine de son père. elle le supplia de ia laisser rejoindre ses deux sœurs aînées au Carmel, le jour de ses quinze ans. Il pleura, cueillit sur un mur une fleurette blanche semblable à un lis en miniature et la Iui tendit.
- Va en paix, ma chérie, dit-il. Tu es une petite fleur que le Seigneur veut pour lui... Je ne m'y opposerai pas.
Mais les supérieures, l'évêque la trouvent trop jeune et cette enfant craintive trouve le courage d'aller à Rome intercéder le pape. Elle visite Paris, la Suisse, toutes les villes d'Italie sans se laisser distraire par les beautés du vaste monde. Elle s'agenouille enfin aux pieds de Léon XIII, appuie ses mains jointes sur la soutane blanche et, les yeux baignés de larmes, elle supplie. Quelques mois plus tard, la porte du Carmel de Lisieux se refermait sur sa vie terrestre.

Ses mémoires
Sans doute, aurait-on toujours ignoré la petite fleur et son parfum, mais sa supérieure, qui était en même temps sa sœur par le sang, la voyant se faner, minée par un mal sans espoir, lui demanda d'écrire ses mémoires. Ils parurent après sa mort sous le nom "Histoire d'une âme". Et le chant de cette très petite âme, comme elle le disait, est, tour à tour, d'une poésie suave, d'une pureté si transparente et d'un lyrisme si brůlant; on y trouve tant d'enfantine naïveté et une si profonde intuition des troubles de la conscience, que son rayonnement alla bientôt dans le monde entier toucher le fond de tous les cœurs.
Il fut aussitôt traduit dans toutes los langues. On en vendit en français plus d'un million d'exemplaires. La guerre et ses angoisses, la paix et ses dures réalités ne firent qu'accroître son prestige. Chose étrange cette enfant, que jamais un regard d'homme n'effleura, devint la patronne favorite des soldats. Toute une chapelle est tapissée de croix gagnées sur les champs de bataille.
Lisieux dut s'agrandir pour recevoir le nombre croissant des pèlerins. Les murs du Carmel se couvrirent d'ex-voto. Les lettres se multiplient. Il en arrive jusqu'à cinq cents par jour. On parla de guérisons, de grâces merveilleuses. Et c'est vraiment la voix populaire qui, il y a deux ans, par des milliers de suppliques, imposa la béatification de la belle petite Thérèse, comme on l'appelle

L'apothéose
Maintenant, l'apothéose. Ce matin, de 8 heures à midi, revêtu de somptueux ornements sacerdotaux, Mgr Lemonnier, évêque de Bayeux, assisté d'une cinquantaine de prêtres et de religieux, a célébré, dans la chapelle du Carmel, vidée de ses assistants, l'imposante cérémonie de la Consécration. Puis, la neuvaine est solennellement ouverte.
L'éclat des lustres et des cierges fait étinceler le marbre et l'or des parois des autres autels, avive la couleur des drapeaux, le visage et les yeux des pèlerins tournés vers la châsse de vermeil. Allongée sur des coussins, serrant contre son coeur le dur crucifix, la petite carmélite semble fermer ses paupières de cire à la pompe et au luxe que fuyait sa divine simplicité. Elle sourit à son rève. Elle sourit aussi aux chants de ses sœurs qui, aussi purs, aussi clairs et immatériels que les chants des anges, s'élèvent tout à coup derrière la lourde grille du cloître.
Suspendues en buissons, aux voutes, courant le long des frises, enlaçant les piliers, partout des roses : roses de marbre, d'albâtre, de satin, de mousseline, roses vivantes et odorantes.
Quelques jours avant sa mort, la, petite Thérèse n'a-t-elle pas dit : - Je feral tomber sur la terre une pluie de roses. Elle a dit aussi - On m'almera I
On l'aime, Elle est devenue la petite reine des croyants. Mais qu'on ait ou non la foi, peut-on rester insensible devant la gracieuse et tendre jeune fille qui, les bras chargés de fleurs, vient rappeler aux hommes qu'ils ne vivent pas seulement de pain, mais d'idéal ?

Andrée Viollis.

Sainte-Thérèse-de-Lisieux

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