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L'OPINION ÉTRANGÈRE
Le front commun est établi entre les partis allemands
Les directives fixées par la fraction populiste du Reichstag dans la question du pacte de sécurité sont vivement commentées dans les milieux politiques et dans la presse. Elles ont été arrêtées avec l'assentiment de M. Stresemann, ce qui accroit leur importance.
L'officieuse "Correspondance Politico-Diplomatique" écrit:
Bien qu'il ne s'agisse que d'une manifestation d'un parti gouvernemental, il n'est pas douteux que ces directives reflètent l'opinion de ceux qui sont à la tête de la politique étrangère allemande. Le Vorwaerts déclare, par contre, que la manifestation populiste est une erreur de politique extérieure conmise pour des motifs de politique intérieure, afin de maintenir la coalition gouvernementale et de jeter un pont vers la droite. Le Tageblatt assure qu'avant-hier matin encore M. Stresemann était d'avis qu'il fallait annoncer l'entrée de l'Allemagne dans la Société des Nations et réserver toutes les questions auxiliaires à des négociations qui auraient lieu en automne, à Genève. Les nationalistes n'étaient naturellement pas d'accord avec cette manière de voir et M. Stresemann a fait entrevoir qu'il était décidé éventuellement à réclamer du Reichstag un vote personnel de confiance. Dans certains milieux parlementaires, les directives du parti populiste sont interprétées comme une volte-face du ministre des affaires étrangères, car elles font de grandes concessions au point de vue nationaliste. La presse de droite approuve ces directives et les accepte comme base de pourparlers éventuels. La Tægliche Rundschau constate que la discussion au Reichstag permet de conclure que, malgré les divergences existant entre les partis, il existe cependant une unité de front parlementaire à l'égard de la note française du 16 juin sur le projet de pacte. C'est ainsi que le député socialiste Breitscheld a déclaré que son parti considérait la note Briand comme inacceptable. Si cette opinion est partagée par les autres partis, le front commun se trouve ainsi établi entre les partis politiques allemands.
La réponse à la note française sera envoyée le 12 juillet Berlin, 4 juillet. -- Le ministre des affaires étrangères met actuellement au point la réponse à la note de M. Briand du 16 juin, concernant le pacte de garantie. Il se confirme que dans cette note, qui sera expédiée vers le 12 juillet, l'Allemagne se déclarera prête à entamer des négociations sur les différents points en discussion et notamment sur la frontière orientale du Reich.
Le Reichstag vote l'ajournement du débat sur le projet de pacte Berlin, 4 juillet. Au début de la séance tenue cet après-midi par le Reichstag, le président Loebe a déclaré que, selon le point de vue du chancelier Luther, le grand débat politique que les partis désiraient voir s'ouvrir Jundi ou mardi devrait être ajourné, parce qu'il pourrait nuire aux négociations actuellement engagées avec les puissances de l'Entente. Le social-démocrate Dittmann reprocha au gouvernement de vouloir expédier la réponse à la note de M. Briand avant d'avoir consulté le Reichstag. M. Van Graefe, au nom des racistes, le conmuniste Rosenberg et le leader socialiste Breitscheid demandèrent des explications sur l'ajournement de la discussion. Le ministre du travail répondit, au nom du gouvernement, que ni le chancelier ni le ministre des affaires étrangères ne se trouvant en ce moment à Berlin, le moment était mal choisi pour le grand débat politique, mais qu'il était certain que le gouvernement conférera avec les leaders des différents partis avant d'envoyer une réponse à la note de M. Briand. Finalement, l'assemblée décida de se réunir lundi, mais de ne pas inscrire le débat sur le problème de la sécurité à son ordre du jour.
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