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Un Quart d'Heure avec... Maurice d'HARTOY (Prix CORRARD 1925)
Le premier grand prix de l'année vient d'être décerné, Fait très rare, sinon unique dans l'histoire des récompenses littéraires - ce prix, le « Prix Corrard », le plus important de la Société des Gens de Lettres, a été attribué à l'unanimité des membres du jury. Le roman couronné « L'Homme Bleu », aventures merveilleuses du XXe siècle, est une œuvre qui s'impose, il est vrai, par des qualités d'art et d'émotion non moins rares. L'heureux lauréat, M. Maurice d'Hartoy, grand blessé de guerre, n'a pas trente ans. Sa devise est des plus belles : « Vers l'Idéal », et tout ce qu'il a fait jusqu'à maintenant justifie pleinement la ligne qu'il s'est tracée. Simple brigadier de cavalerie en 1914, il passe dans l'infanterie, puis devient officier au 8e régiment de marche de zouaves de la division marocaine. En 1915, il est dangereusement blessé et réduit à l'inaction après un combat qui lui valut, du général Joffre, la belle citation suivante : « a fait de sa personne dix-sept prisonniers allemands qu'il a ramenés au pas de parade sous un feu violent ». Que pouvait-il faire à l'hôpital, sinon penser et écrire! Ce qu'il fit d'ailleurs avec ardeur. Ses voyages, ses lectures, sa foi, devaient faire de lui un écrivain remarqué. La plus impeccable des revues françaises « Le Correspondant, reçut son premier «petit papier ce petit papier» était un article de maître «Le Gué Barré» qui fut reproduit par toute la presse. Après cette première victoire journalistique, il aborda les livres sous les auspices du plus honnête des éditeurs le très regretté Paul Perrin D'Hartoy est ami du Beau, du Vrai. Ses auteurs préférés sont antiques ou modernes, rouges ou fleurdelysés, tous ceux qui éveillent en lui l'image du Beau et du Vrai, l'entraînent avec eux loin des fanges, vers l'Idéal, sont ses amis. Ses auteurs préférés? Homère, saint Augustin, Shakespeare, Bossuet, Voltaire, Chateaubriand et Flaubert. Après une telle profession de foi, il ne pouvait débuter dans la littérature que par une œuvre de premier ordre, ce qu'il fit d'ailleurs puisque son premier livre «Au Front» a été couronné par la Société des Gens de Lettres et adopté par la Ville de Paris. Feu M. le Marquis de Ségur, de l'Académie Française, qui a préfacé ce livre, disait textuellement en parlant de son auteur: «...et grièvement blessé deux jours après le brillant épisode, a rédigé, dans son lit d'hôpital, les pages que je présente aujourd'hui au public, comme soldat et comme écrivain n'a-t-il pas double droit à notre attention sympathique? Ce livre, réimprimé plusieurs fois, valut à son auteur les plus élogieuses critiques; je me bornerai à citer celle de M. Lenotre, dans « Le Monde Illustré » : « Maurice d'Hartoy possède un art de description, une pénétration, un sens de l'observation qu'auraient enviés un Flaubert ou un Balzac..., une littérature nouvelle, rapide, alerte, comme une succession d'instantanés. Après «Au Front >> il fait paraître « La Légende du Diable ou la Grande Guerre racontée aux enfants de l'an 2 000 », puis « Des Cris dans la Tempête », toujours à l'édition Perrin et Cie, livre qui s'apparente tantôt à Voltaire, tantôt à Beaumarchais. Cet ouvrage a été couronné par la Société Nationale d' Encouragement au Bien et par l'Association des Littérateurs Indépendants. « P. G., roman d'un sous officier allemand prisonnier en France » vient après « Des Cris dans la Tempête » puis viennent «Les Propos de Jacobus ou les Merveilles du Progrès», livre qu'il nous présente avec quatre épigraphes de Touchstone le fou bariolé, J.-B. Dumas, Ed. Thiaudière et Pascal. Altruiste invétéré, il nous prévient dans un avertissement que « ...ce livre ne verse pas l'oubli des choses sans remède... il entraîne, au contraire, la pensée vers l'essor invincible du merveilleux et amer progrès ». J'arrive maintenant à l'œuvre capitale, je dirais même le chef-d'œuvre de Maurice d'Hartoy, son avant-dernier volume «L'Origange, royaume d'amour». Voici, sur ce livre, l'opinion de M. Henri Lavedan, de l'Académie Française : «... le livre opportun par excellence, « L'Origange, dressant haut dans le ciel une vaste et puissante architecture d'idées et de sentiments... qui entraînent le lecteur, dans une ardeur et une perpétuelle noblesse d'aspirations, vers un idéal qui ne peut décevoir. Et par-dessus le fonds, quelle étincelante et éblouissante enveloppe. Quel luxe et quelle érudition de couleurs et d'horreurs! Enfin l'histoire en elle-même, l'aventure d'amour, de mort et de lumière est attachante d'un bout à l'autre, avec des alternances graduées du rêve et du cauchemar ». Sous les yeux, j'ai l'opinion de plus de cent lettrés; tous sont unanimes à reconnaître en Maurice d'Hartoy un écrivain de la « génération qui monte ». En plus de ses talents d'auteur, il est aussi un charmant confrère en journalisme et à part quelques « crapauds emplumée > ce mot est d'hartoysien d'Hartoy n'a rencontré dans sa carrière que des compagnons d'écritoire toujours prêts à rendre service. Gageons que le prix Corrard 1925 restera ce qu'il a toujours été : un excellent camarade.
Christian DORCY, Secrétaire Général des Littérateurs Indépendants.
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