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Au fil des Jours
Féminisme d'avant mot. - La duchesse de Dino, nièce par alliance de Talleyrand, qu'elle accompagna au congrès de Vienne en 1814 et qui était le charme et la parure de son salon, s'intéressait autant à la politique qu'à la diplomatie. Aussi, sans le prendre au sérieux elle-même, contribua-t-elle de son mieux à propager le bruit purement imaginaire (et qui fit la joie de Paris en février 1836, après l'avoir plongé dans la stupeur) qu'un ministère, composé de femmes en vue, allait porter celles-ci au pouvoir. Et la fine mouche confiait à qui voulait l'entendre, sous le sceau du secret, cette liste ultra-fantaisiste: Présidence du Conseil : Mme Adélaïde. Intérieur : Mme de Boigne. Cultes et Justice : Duchesse de Montmorency. Guerre : Duchesse de Broglie. Marine : Mme de Flahaut. Finances : Duchesse de Massa. Commerce : Marquise de Caraman.
Du braconnage scientifique. - Terreur de nos réserves giboyeuses, le braconnier, à cause de la surveillance dont il est l'objet, doit renouveler constamment ses méthodes. Collets et appeaux, filets, chasse nocturne au falot et au bâton, sont des procédés bien archaïques. S'il en use encore, c'est par intermittences, là où il compte prendre à défaut la vigilance des gardes. Celle-ci se relâchant de moins en moins, il est bien obligé de compter avec elle et de se creuser la tête pour trouver des expédients inédits. Depuis quelques années donc, les braconniers pratiquent surtout la chasse aux toxiques ou aux stupéfiants. Ils empoisonnent le gibier, particulièrement les perdrix, les cailles et les faisans, avec un grain qu'ils ont fait cuire au préalable dans une décoction de tiges de pommes de terre. Les malheureux volatiles qui picorent ce grain perfide sur les lisières du bois où il a été semé ne tardent pas à présenter toutes les apparences de l'intoxication. Ils ne peuvent plus mouvoir leurs ailes, titubent sur leurs pilons et sont à la merci du malfaiteur embusqué un peu plus loin, qui vient les ramasser au plus vite, les met dans sa pouche, charge celle-ci sur son dos et gagne l'abri discret où l'attend quelque chauffeur, son complice, dont l'auto défie toute poursuite. Le consommateur n'a pas à craindre les conséquences de l'ingestion d'une pièce de gibier ainsi intoxiquée. A moins toutefois, ce qui arrive, que le braconnier n'ait fait usage de strychnine, auquel cas les pires complications sont à craindre. Le braconnage scientifique, plus meurtrier que les autres et de meilleur profit, est donc aussi plus criminel. La justice se doit d'être implacable avec ses adeptes, malheureusement la loi de 1844 ne comporte pas d'article spécial visant le cas des malfaiteurs qui se servent de toxiques pour la capture du gibier.

Finie, l'Afrique. transsahariennes - Les farouches solitudes pays de la soif et des rezzous! traversées de part en part, non plus à dos de chameau et au prix de fatigues, de privations et de dangers inouïs, mais rapidement et confortablement, dans des voitures automobiles de tout repos ou des avions ultra-modernes, tel est le spectacle auquel Maures et Touareg sont actuellement conviés par l'entreprenant génie des «toubabs» (blancs). La civilisation européenne s'infiltre de plus en plus au cœur de ce barbare continent noir, où Livingstone, Stanley et Savorgnan de Brazza ne s'aventurèrent qu'à force d'audace et d'énergie. Dans nos magnifiques possessions Nigériennes et Soudanaises, tel poste qui, il n'y a pas si longtemps, voyait se perpétuer les monstrueuses pratiques de l'esclavage et du cannibalisme, ne le cède en rien aujourd'hui, pour les commodités et la sécurité, à la plus aimable et à la moins arriérée de nos sous-préfectures. L'urbanisme y a dit son dernier mot. Ce ne sont que larges avenues superbement ombragées, résidences princières, grands hôtels de premier ordre. Le rail y a été poussé; des lignes télégraphiques et téléphoniques, de belles routes carrossables, le relient, comme le fleuve et le chemin de fer, aux ports de la côte. Il a écoles, palais de justice, chambre de commerce, hôtel des postes, garages d'automobiles et jusqu'à son champ de courses et son centre d'aviation. Quant aux bons nègres, c'est bien simple. Ils s'accommodent on ne peut mieux de cette évolution et les chefs de peuplades et de clans dont le nez s'ornait jadis d'anneaux de cuivre s'habillent à la dernière mode de Londres et de Paris! Les sauvages s'en vont. Que dis-je? Ils ne sont plus qu'un anachronisme et, bientôt, le dernier d'entre eux se verra relégué aux oubliettes.
Ne nous dénigrons pas trop. - - A en croire nos pessimistes, l'étoile de la France pâlirait et elle aurait perdu le plus clair de son prestige aux yeux des autres nations. Voici, entre mille, un petit fait qui prouve le contraire. Nos lycées attirent de plus en plus d'élèves étrangers soucieux de se pénétrer de notre civilisation et de notre culture. Il en vient des quatre parties du monde et toutes les races fournissent leur appoint à cet afflux extraordinaire. Pour nous en tenir au seul lycée Michelet, de Vanves, notons qu'il rassemble dans ses spacieuses salles de classes et d'étude les représentants de quarante-trois nationalités. Et n'imaginez point que ceux-ci s'y présentent isolément. Ainsi, la colonie afghane ne comprend pas moins de quarante-cinq membres, auxquels il est d'ailleurs permis de pratiquer leur culte dans un oratoire réservé. Que viendrait faire chez nous cette élite, si elle considérait la France comme un pays en décadence?
  
CLÉGUER.
NOS PETITES IGNORANCES
Pépin. - Mot par lequel on désigne familie- rement le parapluie. C'est une allusion, dit-on, au parapluie que portait sans cesse Pépin, com- plice du conspirateur Fieschi, qui attenta à la vie de Louis-Philippe au moyen d'une machine infer- nale, le 28 juillet 1835.
Quinquet. - Ce fut le mécanicien Quinquet qui inventa cette lampe à double courant d'air avec réservoir d'huile supérieur à la mèche. C'est par extension qu'on donne familièrement ce nom aux diverses sortes de lampes, surtout lorsqu'elles éclairent mal... Et pourtant, le quinquet fut un progrès!
Sansonnet. - C'est le nom vulgaire de l'étourneau, et un diminutif de Sanson (forme vulgaire de Samson). Les oiseaux ont été souvent désignés par des noms propres d'hommes; nous appelons encore un moineau pierrot (diminutif de Pierre), un perroquet Jacquot (diminutif de Jacques), etc.
Tasse. - De l'arabe tass, qu'on rapporte au persan tast, « coupe ». Une tasse est, en effet, une petite coupe à boire, mais pourvue d'une anse. Turc. -Ce nom de peuple vient du persan tourk, mot appliqué aux peuples à peau blanche, à l'œil noir, qu'on a appelé aussi : Tatars ou Tartares, en persan, tatar. Chez les Persans, tourk désigne aussi une « jeune beauté ».
Yataghan. - Du turc yataghân, sorte de coutelas. Il est en usage chez les Arabes et les Turcs.
Zéro. Etymologiquement, c'est le même mot que « chiffre ». De l'arabe sifr (vide), mot em- ployé pour désigner le zéro, qui n'est que la traduction du sanscrit çounya.
Zouave. - Ce nom a été pris de celui (Zouaoua) d'une confédération de tribus kabyles, d'où furent tirés les premiers soldats de ce corps. Il est aujourd'hui composé exclusivement de Français.
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