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Jl faut que le public sache que la voiture électrique fait son chemin
Aujourd'hui où la question du carburant devient angoissante pour l'automobile, il est intéressant de remarquer les efforts faits par quelques constructeurs pour ramener à l'ordre du jour la voiture électrique. Cette tentative est malheureuse- ment trop ignorée du grand public, et il convient de fixer brièvement l'état actuel des choses. Rappelons tout d'abord que les véhicules électriques, premières voitures automotrices depuis le tramway parisien de 1882, virent, après une courte vogue, se dresser un inquiétant rival: le moteur à explosions. La lutte fut brève; progressant à pas de géant, ce dernier ruina l'essor de la voiture à accus encore trop imparfaite qui ne tarda pas à disparaître de France. Aujourd'hui, grâce aux progrès réalisés en matière de mécanique et d'électricité, et favorisée par le marasme où se trouve l'automobile thermique, elle tend à reprendre une bonne place dans la locomotion. Abandonnant ses formes primitives, la voiture électrique conserve actuellement l'apparence de sa rivale; le capot reste le même et sert à dissimuler soit le moteur, soit une partie des accus, l'autre se trouvant sous le siège du conducteur ou sur les marchepieds dans la voiture de maître qui peut ainsi conserver sa ligne svelte et élgante, et sous le châssis dans le véhicule industriel où le souci du pratique passe avant celui de l'esthétique. L'extension prise en Italie par ce genre de voitures permet d'envisager leur réussite en France. A Milan particulièrement, elles sont chose courante sous forme de taxis, voitures d'arrosage, d'enlèvement des immondices, de livraisons, etc. L'une des firmes qui les exploite existe déjà, et prospère depuis plus de trois années. En France, à Lyon notamment, les autobus à accumulateurs ont fait une heureuse apparition. Cependant, il sied de remarquer que si la voiture électrique a de très intéressantes qualités, on ne saurait l'employer à tort et à travers utilisée en dehors de son rayon d'action nettement délimité, elle exposerait son propriétaire à de graves mécomptes. Alors que l'automobile à essence est nettement supérieure, disons même, seule utilisable pour les longues randonnées, la voiture à accumulateurs se montre beaucoup plus avantageuse pour les petits parcours (80 km. environ), ne nécessitant pas de grandes vitesses (transports urbains et suburbains), donnant lieu à de fréquents arrêts; point de pénible mise en route, ni de ralentis onéreux; la voiture ne consomme que lorsqu'elle roule. On a donc intérêt à l'adopter pour toutes livraisons en ville, services municipaux, transports en commun, taxis, postes, etc. La propreté, l'absence de bruit, d'odeurs désagréables, de dégagements de gaz nocifs, la facilité de conduite, le minimum de délicatesse, tout est réuni dans la voiture électrique. En outre, comparé au moteur à explosions brutal par sa conception même, le moteur électrique possède une souplesse qui augmente le confort et double la durée du véhicule. Le seul entretien est celui de la batterie d'accumulateurs, entretien minime, trop connu pour qu'il y ait lieu d'en parler ici, et qui peut être encore réduit par l'emploi d'éléments au ferro-nickel. Enfin, un bon point pour la voiture électrique est la confiance apportée par plusieurs gros constructeurs d'automobiles français qui en ont envisagé la fabrication. Mais le grand développement de ce mode de transport est intimement lié à l'extension des postes de recharges encore trop espacés. Il serait très, souhaitable de les voir se multiplier comme l'ont fait les distributeurs d'essence. Chaque garage devrait en être muni, et l'on arriverait ainsi normalement à l'auto électrique à longue haleine. Leurs propriétaires n'hésiteront pas à se lancer s'ils ont la certitude de pouvoir recharger le cas échéant. On peut même déjà entrevoir la disparition du dernier obstacle, l'immobilisation périodique de la voiture pendant la recharge par l'interchangeabilité des accus. Cette manière d'opérer en exigerait la standardisation, chose que nous savons en bonne voie de réussite. Quoi qu'il en soit, la voiture à accumulateurs ne peut pas être idéalement pratique du jour au lendemain. Telle qu'on nous la présente actuellement, elle est à même de remplacer avantageusement l'au- tomobile thermique dans les divers cas précités. Le reste se fera petit à petit, si le public, rendu un peu sceptique par l'échec d'un premier essai, veut bien au- jourd'hui lui accorder, tout entière, la confiance qu'elle semble devoir mériter. Toute la question est là. Enfin, pour con- vaincre les incrédules et les pessimistes, les démonstrations, qui ont été faites à noble, sont venus victorieusement appuyer cet aperçu par des faits et des chiffres plus persuasifs que les paroles.
DANIEL MOUNIER. de La Nature.
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