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UNE SÉANCE TUMULTUEUSE AU REICHSTAG
BERLIN, 18 juillet. Le Reichstag s'est occupé hier du projet de loi sur les fonctionnaires et employés de l'Etat. La séance fut très tumultueuse. Les racistes, ayant réclamé le renvoi de tous les fonctionnaires nommés depuis la révolution et de tous les juifs qui servaient l'Etat, la Chambre tout entière protesta avec véhémence. Un amendement des social-démocrates, réclamant l'égalité de droits pour les fonctionnaires femmes et hommes mariés, fut adopté par 180 voix contre 179 et une abstention. La proposition raciste fut rejetée. Des scènes violentes eurent lieu ensuite quand il s'agit de discuter le droit à accorder au président Hindenburg d'autoriser les anciens officiers à porter leur uniforme. Les social-démocrates ont protesté contre le projet. Le député nationaliste allemand, comte Eulenburg, prétendit, dans son discours, que les social-démocrates avaient insulté le président du Reich, la famille des Hohenzollern, les anciens officiers de l'armée allemande et tous les officiers actuellement en fonctions. Il assura ses collègues social-démocrates qu'il n'avait pour eux et leur parti que le plus profond mépris et un dédain sans bornes. Les social-démocrates exigèrent alors que l'orateur fût rappelé à l'ordre, mais le président déclara vouloir tout d'abord relire la sténographie de la séance. Le député raciste von Ramin vint ensuite à la tribune pour appuyer le projet de loi. Il déclara que la République était une soumission du peuple allemand à ses ennemis. Dans la discussion qui s'ensuivit, le député social-démocrate Zollmann, ancien ministre de l'Intérieur, traita M. von Ramin de menteur, et celui-ci ri- posta: Si je vous rencontrais demain matin, l'arme à la main, vous ne me traiteriez pas une seconde fois de menteur. Il y eut alors un tumulte indescriptible et le président leva la séance. Après cinq minutes, elle fut reprise, mais le président annonça que le débat serait repris mardi. Samedi et lundi, les commissions siégeront.
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