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Le Funi - 26 juillet 1925

Le Funi 1925 07 26 Page 02 Élisabeth Fuss AmoréQuel est l'artiste forain qui ne connaît pas les tableaux d'Elisabeth Fuss-Amoré! Quel clown, quel pitre de parade, quel lutteur de foire, quelLe Funi 1925 07 26  Élisabeth Fuss Amoré 2 chanteur de rue n'a, au moins, entendu parler de celle dont le talent à la fois spontané et précieux, dont toute la verve amusée et gaie sont consacrés aux modestes artistes des cirques et des carrefours, semeurs de joie et si populaires parce que profondément humains.
Pour le Funi, organe populaire, Mme Fuss-Amoré a taillé dans le bois cette scène familière: deux chanteurs, un joueur d'accordéon, au coin d'un passage lancent à plein gosier la chanson du jour que la foule bigarrée reprend en choeur au refrain. Toute la vie de la rue pittoresque, tumultueuse, colorée, est sur cette gravure dans laquelle l'artiste a mis tout le charme de sa peinture.

De tout temps, Elisabeth Fuss-Amoré a aimé dessiner et ses premiers dessins comme ses toiles les plus belles, les plus réputées, ont été consacrés aux boniments des clowns, aux parades des foires, aux concerts en plein vent, aux divers spectacles publics dont les artistes forains héritiers directs des Gilles et des Tabarins sont les animateurs et les acteurs.
Toute petite parisienne, elle aimait les jeux des cirques, elle restait des heures entières absorbée devant les parades sur les tréteaux; difficilement elle s'arrachait à la vue de ces petites scènes quotidiennes qui sont l'amusement des passants et dont l'ensemble donne un cachet, si attrayant, si animé, aux grandes cités comme aux humbles villages. Son œil intéressé et curieux enregistrait les gestes et les tournures de ces personnages de comédie et, chez elle, les notes, les croquis, les exquisses, les toiles même s'amoncelaient en précieuse documentation; mais, jusqu'en 1919, elle n'avait point songé à exposer les résultats de ses études. Lorsque l'insistance d'un ami lui fit présenter au « Salon d'automne » de cette année-là cinq toiles consacrées aux forains toutes furent acceptées d'emblée.
Ce fut un émerveillement et un succès sans précédent: les cinq toiles furent achetées et le nom d'Elisabeth Fuss-Amoré, jusqu'à ce jour connu de quelques initiés, fut soudain répété par le grand public comme celui d'un peintre de talent original, et les critiques goûtèrent d'une artiste extrêmement sensible, d'une délicatesse naïve, d'un coloris pittoresque et raffiné dont les toiles spirituelles étaient pleines de promesses.
La première, « Parade de Cirque », d'une intensité de mouvement prodigieuse fut la seule, cette année, acquise par la Ville de Paris; la deuxième, le «Bal Musette », entra dans la collection d'un amateur bruxellois; une autre, « Paysage de banlieue », servant en réalité de décor aux ébats de deux petits marchands d'oublis et de ballons rouges, la quatrième, « Parade de Lutteur » et la dernière «Les Gymnasiarques des Fortifs », furent acquises par divers connaisseurs, dont l'animateur bien connu des grandes fêtes sportives de Paris, M. B... et le romancier Francis Carco. Ces succès montrèrent le bon chemin à la jeune femme, sans oublier ses imitateurs, et de ce jour, ses diverses présentations à Bruxelles, en 1920, salle Roliam, aux Feuillets d'Art, cette même année, à la Licorne, à la Rotonde, au Petit Parnasse, aux Salons des Indépendants, d'Automne et des Tuileries, témoignèrent combien la vie des forains lui était familière et combien elle savait en faire goûter les détails où triomphaient la fantaisie unie à la sensibilité réfléchie. Les tableaux sont faits; Mme Fuss-Amoré est de ces peintres qui croient que l'étalage des tristesses du monde ne doit pas être fait sur la toile et toutes ses œuvres sont d'un coloris attrayant, vif, enjoué, elles sont un régal pour les yeux, une chanson de la vie; elles ne font point regretter les toiles funèbres par lesquelles trop d'artistes s'efforcent d'insinuer la tristesse dans nos âmes dans un but de réclame lourde et d'un romantisme dévoyé.
Au Cirque d'Hiver où, courant mai dernier, à côté d'une écuyère de cirque de belle allure, campée sur un cheval blanc, elle a exposé la « Loge des Fratellini », aujourd'hui en la possession de François Fratellini, Elisabeth Fuss-Amoré a connu un pareil succès. On voit sur ce tableau les trois grands amuseurs dont elle est l'amie de longue date entourés de leurs accessoires fantaisistes, attendant l'heure d'entrer en piste. Ils sont naturels, vivants, d'un pittoresque achevé qui laisse loin derrière lui les productions lourdes, sans vie, trop caricaturales pour être conservées, de tel ou tel imitateur, consacrées aux mêmes célébrités. Dans ce Musée de Cirque que rêvent de créer les Fratellini et que leur volonté constituera, parmi les manifestations artistiques, les œuvres de Mme Fuss-Amoré seront à la première place parce que, avec son tantinet féminin si délicat, elle a compris l'individualité de l'âme foraine, gouailleuse, railleuse, mais si tendre et quelle a, dans ses toiles, su révéler que, sous la défroque multicolore du paillasse, un cœur sensible palpite intensément.

Louis AURENCHE

Cirque, entre classicisme et avant-garde (230ko pdf)

Elisabeth Fuss-Amoré 

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