|
COUPS DE BICHON UNE ENQUETE SUR LE MEUBLE MODERNE
Le Bulletin de la Vie artistique a ouvert une très opportune enquête sur le meuble moderne auprès des ensembliers eux-mêmes. Justement frappé de ce qu'on ne saurait inventer un « meuble populaire » parce que ce que convoite le peuple c'est ce qui, chez la classe aisée, lui paraît le signe du confort et de la richesse, le Bulletin demande si le meuble de grand luxe exécuté en d'autres matières, ne peut constituer un « parangon de la fabrication moderne ». A la question, plusieurs ensembliers ont déjà répondu, dont M. Ruhlmann, qui me paraît avoir des vues particulièrement judicieuses sur la question. "Le mouvement en faveur d'un art d'époque dans la décoration et le meuble moderne, répond-il, ce mouvement n'aura son plein développement qu'autant que la masse représentée par la classe moyenne sera interessée par une mode établie par l'élite fortunée.» Si cette élite qui, seule, peut faire les frais des études et des recherches du premier établissement, n'est pas conquise et satisfaite, ce mouvement risque fort d'échouer, la masse étant dans l'impossibilité, dans le présent comme dans le passé, d'imposer son goût. » Cela n'est que trop vrai, d'autant plus vrai que l'autre élite j'entends celle qui n'est pas fortunée reste fatalement consignée, elle en a l'habitude, hors au débat.
Après quoi, M. Ruhlmann passe à des considérations d'ordre technique: « Que l'on prenne bien garde de ne pas renouveler les formes d'année en année, comme les couturiers changent de mode. Un mobilier n'est pas d'une saison et en cela, non moins qu'en toute autre chose, ii est nécessaire qu'il y ait évolution et non révolution fréquemment renouvelée. Il ne faut pas faire du nouveau à tout prix et hors du pratique et du confort... » ...A l'avenir, multiplions nos recherches, mais avec plus de simplicité. Il semble, à voir l'Exposition des Arts Décoratifs, qu'on ait souvent confondu la richesse avec l'ornementation. » On ne saurait mieux dire.
Louis LEON-MARTIN
|