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Le maréchal Pétain rend compte de sa mission
Le maréchal Pétain est arrivé hier matin à la gare de Lyon, à 8 h. 50. Vêtu d'un complet gris, coiffé d'un feutre clair, le maréchal, qu'accompagnait Mme Pétain, fut reçu à sa descente du train par un certain nombre de personnalités.
Le maréchal à la présidence du Conseil Le maréchal Pétain s'est rendu, à 11 heures, à la présidence du Conseil, où il a été immédiatement reçu par M. Painlevé. A l'issue de l'entretien, qui s'est terminé à midi 10, le maréchal Pétain s'est refusé à toute interview. - Je viens de rendre compte au président du Conseil, s'est-il contenté de dire, de la mission dont il m'avait chargé. Sur ce que je lui ai dit, je suis contraint d'observer le silence, car je suis lié par le secret professionnel. Toutefois, je puis dire que la situation militaire au Maroc se présente actuellement sous un jour très favorable.
Déclarations de M. Painlevé Le président du Conseil fut moins laconique et fit les déclarations suivantes :
J'ai vu le maréchal Pétain, qui a rempli sa mission au Maroc avec la haute sagesse et la clairvoyance que tous lui reconnaissent. Il a réglé dans le détail la question du commandement des opérations. Vous savez combien a été difficile durant la grande guerre la définition des pouvoirs gouvernementaux et des pouvoirs du grand quartier général. Bien qu'il ne s'agisse en ce moment que d'opérations qui n'ont rien de comparable comme ampleur avec celles de la grande guerre, les difficultés dans le partage de l'autorité ne sont pas moins réelles. Le résident général représente là-bas le gouvernement; le général Naulin représente le commandement des opérations. Les mesures concernant les tribus sont à la fois mi-politiques, mi-militaires; il y a là un partage délicat à réaliser, le résident général gardant la haute autorité, le chef militaire ayant la pleine indépendance dans l'exécution des opérations. Le maréchal Pétain s'est pleinement accordé avec le maréchal Lyautey pour préciser dans les détails le rôle du commandant supérieur des troupes en action. D'autre part, le maréchal Pétain a étudié à fond avec le maréchal Lyautey et le général Naulin le plan des opérations prochaines, opérations qui devront se dérouler rapidement si Abd-el-Krim ne se prête pas aux conditions généreuses de paix arrêtées par l'Espagne et la France.
Le maréchal Pétain a eu à cet égard, avec le général Primo de Rivera, l'entretien le plus confiant et le plus cordial. Vous trouverez naturel, a poursuivi M. Painlevé, que je n'entre ici dans aucun détail. Je veux ajouter simplement que l'énergie de la France ne sera pas inférieure à sa volonté pacifique. Toutes les mesures sont prises pour que les opérations éventuelles soient le moins coûteuses pour nos troupes. Rien ne doit être épargné pour diminuer les pertes et les souffrances de nos soldats. Mais, encore une fois, il dépend des Rifains de se plier aux conditions équitables et généreuses sur lesquelles se sont accordées la France et l'Espagne.
Après avoir connu les heures difficiles et les avoir courageusement traversées, le maréchal Pétain a tenu à me l'affirmer - le Maroc est maintenant dans un état d'esprit excellent, encore réconforté par l'arrivée rapide des renforts. Les colons comme les tribus fidèles même celles qui ont hésité un moment ont une confiance absolue, non seulement dans leur sécurité, mais dans la pleine réussite des projets français. Le voyage du maréchal Pétain, par ses heureuses conséquences, est un nouveau service rendu à son pays par l'illustre soldat.

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