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ENTRE NOUS
A vous, mesdames, qui suivez les modes modernes, n'épousez pas un Bulgare et n'allez pas habiter en Bulgarie ! Vous ne pourriez vous y coiffer à votre goût : on va interdire aux femmes le droit de se faire couper les cheveux. C'est de l'arbitraire, direz-vous. Peut-être. Mais ce peuple particulier des Balkans est un des plus attachés qui soit à ses traditions. Or, là-bas, les femmes ont toujours porté, retombant sur leurs épaules, deux lourdes tresses de cheveux nattés et c'est pour leurs maris une forme de patriotisme de ne pas vouloir que cette coutume, au reste charmante, disparaisse. Chez nous aussi, autrefois, les paysannes portaient des nattes, mais, comme elles les cachaient sous des bonnets, il leur était possible, quand elles avaient besoin d'argent, de se les faire couper et de les vendre. Il y avait même à Limoges, au mois de juin de chaque année, une véritable foire aux cheveux. On y voyait venir des femmes du Limousin, de l'Auvergne, du Quercy, de la Vendée et même de la Bretagne. De petites boutiques de toile étaient installées sur ce marché. Une paysanne se présentait-elle le « coupeur » la faisait asseoir, soupesait les tresses et, d'après la finesse et la couleur des cheveux, offrait un certain prix, calculé au gramme. Si l'on se mettait d'accord, le marchand opérait aussitôt, les tresses tombaient dans la balance et la pauvre fille s'en allait, la tête rasée, mais le porte-monnaie un peu plus lourd. Chaque année, pour cette moisson vivante, les prix variaient, un cours s'établissait. La moyenne, en ce temps-là, était de 90 à 100 francs le kilogramme. On cite à Limoges le cas d'une femme de la Corrèze dont la chevelure, avec celle de ses trois filles, lui rapporta la somme, énorme pour l'époque, de 4.770 francs. Cette toison familiale, il est vrai, pesait au total 43 kilos.
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