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VOYAGE PRÉSIDENTIEL M. Doumergue part ce soir pour Grenoble et Vizille
On sait que le Président de la République part ce soir même pour Grenoble, où il arrivera demain matin, accompagné de MM. Pierre Laval, ministre des Travaux publics, et Charles Chaumet, ministre du Commerce, de l'Industrie et des P.T.T. Le président sera à Grenoble à 9 heures et recevra à la préfecture les corps constitués. Puis il visitera l'exposition de la houille blanche et du tourisme. Au banquet qui suivra. M. Doumergue prononcera un discours et à 15 heures il se rendra en automobile au château de Vizille, où il séjournera jusqu'à vendredi soir, partageant son temps entre un repos bien gagné et quelques visites à l'exposition de Grenoble. Peut-être est-on curieux de savoir ce qu'est ce château de Vizille qui va servir de villégiature momentanée au président?
LE DUC DE LESDIGUIERES Il fut bâti en 1620 par Lesdiguières, mais des souvenirs qu'il contenait, deux incendies successifs n'ont plus laissé que le regret. Ce Lesdiguières est une grande figure du temps de Henri IV. Issu de petite noblesse, il se destina d'abord au barreau et fut avocat à Grenoble. C'était le temps des guerre de religion. Huguenot convaincu, François de Bonne que Marie de Médicis devait faire en 1611 duc et pair de, Lesdiguières, s'engagea dans les bandes calvinistes pour combattre les catholiques. Quand Henri IV se posa en prétendant à la couronne, François de Bonne le soutint et ce fut le commencement de sa fortune. Il résista cependant au monarque qui lui demandait de se convertir en le nommant gouverneur du Dauphiné. François de Bonne refusa et n'en fut pas moins nommé maréchal en 1608. C'est qu'il était aussi bon soldat qu'habile administrateur. N'avait-il pas, en effet, battu le duc de Savoie et les Espagnols en 1601 et 1602 et pris Grenoble en 1603. C'est depuis ce temps-là qu'il gouvernait le Dauphiné, et on lui doit quantité des embellissements dont s'enorgueillit Grenoble, notamment les grandes avenues qui traversent le Grésivaudan. Ses domaines s'étendaient sur cinquante-trois paroisses. Il y régnait en maître absolu de son château de Vizille et ne badinait point sur ses droits. Il fit pendre un paysan qui avait pêché dans ses étangs. Il épousa en premières noces Claudine de Béranger dont il eut une fille, plus tard duchesse de Créqui. Veuf, il enleva une petite bourgeoise de Grenoble qu'il épousa après la mort inexpliquée de son mari et en eut deux filles. En 1622, il consentit enfin à abjurer le calvinisme, et fut fait le jour même connétable. Il mourut 1626, âgé de quatre-vingt-trois ans.
LE CHATEAU
L'héritage était beau et naturellement le duc de Créqui ne le laissa point échapper. Des Créqui, le château passa ensuite aux Villeroy, dont le dernier représentant le vendit en 1775 à Claude Perier, riche négociant de Grenoble et l'ancêtre de Casimir Perier. Le château de Vizille est maintenant propriété nationale. Un grand étang, des chênes séculaires, de magnifiques peupliers; au delà de l'étang un grand escalier à double 'évolution aboutit à une terrasse d'où la vue s'étend sur le paysage environnant ; 'une tour ronde à gauche, deux bâtiments de quatre étages, tel est l'aspect du château vu du parc. De la route on ne voit qu'un grand mur parcouru en haut par une galerie à arcades où l'on hissait jadis des canons. Telle est la jolie résidence où le président va passer une semaine, loin du bruit et des conseils de ministres.
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