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Une tigresse blesse son dompteur
Parmi les fêtes foraines qui ont lieu à Paris, celle de la place d'Italie n'est pas une des moins brillantes ni des moins courues. Or, ces jours derniers, une des ménageries qui sont parmi les attractions de cette fête a été le théâtre d'un événement, non prévu au programme et qui n'a pas été sans émouvoir les spectateurs. Un des fauves que l'on fait travailler chaque jour est la tigresse Milady. C'est une bête ombrageuse, difficile et sournoise. L'année dernière, au même endroit, elle avait blessé grièvement la dompteuse Batirica. Cette année, le dompteur Henry, qui l'exhibait, n'avait pas moins de mal que ses prédécesseurs à s'en rendre maître. Pourtant, à force de présence d'esprit et de sang-froid, il y parvenait. L'autre soir, cependant, Milady, refusant de travailler, son dompteur la menaça de son fouet, mais le fauve récalcitrant allongea soudain, d'une détente terrible, sa lourde patte armée de griffes. Profondément atteint, le dompteur Henry dut sortir de la cage et, en hâte, on le conduisit à l'hôpital, où il est encore en traitement. Le métier de montreur de fauves n'est pas, on le voit, sans danger. Bien souvent même, les accidents sont des plus graves. Parmi les premiers qui exercèrent cette profession, trois moururent sous les yeux du public, le Hollandais Van Amburg, spécialiste du dressage des tigres, Charles et Lucas. Celui-ci eut le crâne écrasé par un lion dans la gueule duquel il glissait sa tête, selon l'exercice maintenant bien connu. Bidel mourut dans son lit, mais en 1886, à la fête de Neuilly, un jeune lion, nommé Sultan, se jeta sur lui et commença à le déchirer de ses griffes. Bidel, heureusement, eut la présence d'esprit et la force de saisir le cou du fauve et de lui tordre la peau jusqu'à l'étouffer. En 1902, à Saint-Quentin, il fut si cruellement mordu à la cuisse qu'il fallut l'amputer. Le grand Pezon sauva, à quinze ans, son père qui allait être dévoré par un lion. Lui-même fut, à plusieurs reprises, blessé par ses bêtes. Risques professionnels, dira-t-on. Peut-être, mais quels sont ceux d'entre nous qui sont disposés à les courir ?
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