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L'Œuvre - 08 mars 1925


Le glaive du 1er Consul Bonaparte

LE GLAIVE
du Premier Consul ou le fait du prince

En 1873, l'ex-impératrice Eugénie réclamait au gouvernement de la République la restitution de 500 objets de valeur artistique et historique, prêtés par Napoléon III à divers musées, nationaux. L’État fit la sourde oreille. Le procès que lui intenta l'impératrice dura trente-quatre ans. En mai 1907. l'Administration des Domaines fut mise en demeure de restituer les objets estimés alors, à dire d'experts - la vie a, depuis, augmenté - à 5 millions de francs. Mais elle ne rendit rien du tout et l'impératrice, de son côté, se borna à renouveler, pour le principe, la prescription quinquennale jusqu'à sa mort qui eut lieu à Madrid le 11 juillet 1920.
Ses droits passèrent à ses héritiers le prince Victor, son neveu, à qui elle laissait 2 millions, et la fille de celui-ci, la princesse Marie-Clotilde, alors âgée de 12 ans. Les droits de succession s'élevaient, pour l'ensemble de l'héritage, à 2 millions et demi.

***

Sur ces entrefaites, le gouvernement classait comme monument historique la maison natale de Napoléon Ier à Ajaccio. On suggéra au prince :
- Faites don de cette maison à l’État. Le geste serait habile et élégant.
Le prince écouta le conseil et fit le don généreux, sans arrière-pensée. Pourtant, peu après c'était en 1921, il proposait au gouvernement cette petite
combinaison :
- Que le fisc me donne quittance des 2 millions et demi qui font la somme de mes droits de succession et je renonce aux 500 objets de valeur artistique et historique, propriété de Napoléon III, lesquels furent estimés 5 millions.
Mauvaise affaire pour le prince ! pensera-t-on. Pas si mauvaise que cela, car il ne semblait point que les Chambres eussent la ferme intention de faire exécuter le jugement. Le prince ajoutait :
- Je ne réclame, à titre de souvenir, que le glaive du Premier Consul et la pendule à musique de Clodion.

***

Le prince ne manquait pas de goût. Le glaive du Premier Consul est une pièce remarquable. Il était, il y a quelques mois, au Musée des Arts Décoratifs. La poignée est en ivoire orné de ciselures d'or représentant une tête de Gorgone, avec, au pommeau, un lion bifrons en or. Le fourreau en nacre est orné d'attributs en vermeil ciselé et d'émaux magnifiques. Ce glaive fut offert au Premier Consul par la Ville de Paris.
La pendule de Clodion est une œuvre splendide. C'est, en réalité, une boîte à musique. Une nymphe de marbre blanc est accoudée sur un tambourin qui forme un cadran muet. Le socle est en acajou orné de bronzes. Il est supporté par quatre lions de bronze doré.

***

Au mois de février 1924, M. Léon Bérard, alors ministre des Beaux-Arts, soumit la combinaison proposée par le prince au Conseil des ministres qui la prit en considération. En foi de quoi les deux bibelots magnifiques furent remis au prince Victor. Cela se passa le plus discrètement du monde; un peu trop discrètement, peut- être. L'Officiel ne publia aucun décret. La presse ne fut saisie d'aucun communiqué. Le prince proposa et M. Léon Bérard disposa. Mais ne s'agissait-il point, en l'espèce, de nos richesses nationales, et celles-ci, par définition, ne sont-elles pas intangibles ?...

HENRI SIMONI.

Jean Christophe Napoléon Bonaparte 04

Impératrice Eugénie     Prince Victor

 


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