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L'Intransigeant -08 mars 1925


LA CHAUSSÉE DE SEIN
L’île qui sombre
Les murs et les digues sont impuissants à enrayer l'œuvre de la mer

Île de Sein, mars (de notre corr. part.).
Cela se passe en pleine mer, au milieu de rocs innombrables et de vagues incessantes. Sous les assauts éternellement répétés du flot, l'île de Sein s'use, se désagrège, se déchiquète. Qu'était-elle donc jadis? Sans doute une toute petite partie de cette presqu'île qui s'étendait à perte de vue de la pointe du Raz jusque bien au-delà d'Ar-Men, à 14 milles dans l'Océan.

Puis, la presqu'île disparut sous les flots pour ne laisser comme vestiges que cette suite ininterrompue de rocs qu'on appelle aujourd'hui la chaussée de Sein et au milieu desquels l'île s'étire. A peine séparées par d'étroites ruelles où l'on ne peut que difficilement passer par couples, les habitations font songer aux baigneurs qui se sont laissés surprendre sur un rocher que la marée montante menace de submerger.

En 1864, par tempête du S.-S.-E., l'agglomération avait failli être détruite; deux ans plus tard, le village était de nouveau envahi, plusieurs maisons étaient démolies. Le 24 septembre 1896, un raz de marée renouvelait les dégâts; le 5 mars 1912, la mer submergeait encore les quais, les maisons, les champs; de 4 à 7 heures du matin, les flots déferlaient dans les ruelles, charriant les embarcations et les engins de pêche ! En janvier 1924, le fait se renouvelait tout comme au cours de la dernière tempête. Le vent encore souffle aujourd'hui. Sous la pluie qui ferme l'horizon, l'île, du sommet des vagues, apparaît plus triste et désolée. Comme l'on comprend en ce moment pourquoi les femmes y portent éternellement la coiffe de deuil !

Que resterait-il de Sein si, un jour, les habitants n'avaient pris conscience de l'effroyable menace qui pesait sur eux. Pour enrayer la force destructive de la mer, ils amoncelèrent des pierres aux endroits les plus menacés. Mais ces digues étaient souvent rompues. L'administration des Ponts et Chaussées intervint. Elle construisit un quai avec parapet devant les immeubles, puis, tout autour, des digues atteignant quatre mètres de largeur.
Les travaux terminés en 1875 semblaient devoir présenter la solidité voulue. Pourtant, les galets amoncelés à l'extérieur ne tardaient pas à être enlevés et les fondations des différents ouvrages étaient mises à nu sur de nombreux points. Des travaux de consolidation furent faits. La mer creusait toujours. On dut construire de nouvelles bases. Il fallut recommencer maintes fois. On allongea les remparts, on construit actuellement une digue imposante devant le port, mais la mer poursuit son œuvre de destruction. Chaque tempête met à nu sous les galets des grèves emportés des restes d'habitations.

En présence de cet engloutissement dont la fatalité apparaît si nettement, que font les habitants ? Ils émigrent vers le continent, pourrait-on croire ! Quelle erreur si l'on concluait ainsi ! En 1880, l'île de Sein comptait 650 habitants, elle n'en réunit pas moins de 1.200 aujourd'hui !

CH. LÉGER

Île de Sein


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