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Journal des Débats - 08 mars 1925


Tribunaux : Le trafic de la cocaïne

Tribunaux
Le trafic de la cocaïne

C'est au milieu d'une étrange assistance qu'ont été jugées, hier, les poursuites intentées pour détention et trafic de cocaïne contre M. Roger Gaillard, ancien pensionnaire de la Comédie-Française, et MMmes Boutry. dite de Carlynne, et Philippi, née de Fava, qui fut également un moment de la Comédie- Française.

Un public presque exclusivement féminin, et composé, en majeure partie, de malheureuses intoxiquées, quoique fort élégantes, se pressait dans la salle dès le début de l'audience. Les parfums les plus violents transformaient l'atmosphère habituelle de la police correctionnelle, et un pauvre diable, prévenu d'un vol d'une trentaine de francs, contemplait, avec étonnement, ce public trépignant qui, à maintes reprises, manifesta son impatience de voir retarder les débats du procès.
Enfin, le président Thorel appela les prévenus. M. Roger Gaillard qui, dès son arrivée, avait baisé galamment la main de Mme Philippi, s'avança sur le banc des prévenus avec MMmes Boutry et Philippi.
L'accusation reproche à M. Roger Gaillard d'avoir, en octobre, vendu, à Mme Boutry, pour le prix de 2.500 francs, 50 grammes de cocaïne que lui aurait procurée Mme Philippi.
Mme Boutry, dite de Carlynne, est interrogée la première. Très émue, elle reconnaît avoir, le 12 octobre, dans un bar des Champs-Elysées, demandé à M. Roger Gaillard de lui procurer de la cocaïne. Trois jours après, celui-ci lui en remit 50 grammes pour 2.500 francs. Elle donna au comédien un gramme de la drogue pour reconnaître ses bons offices.
M. Roger Gaillard, d'une impeccable élégance, répond avec désinvolture:
- «Mme de Carlynne m'a dit qu'il lui serait agréable d'avoir de la cocaïne, je possédais le moyen de lui en procurer, je l'ai fait. J'ai agi par pure complaisance.»
Le président voulant connaître l'origine des flacons ayant contenu de la cocaïne et provenant de Darmstadt qui ont été saisis chez le comédien, M. Gaillard s'y refuse. Ils ne m'ont été remis, dit-il, ni par «un pratiquant, ni par un trafiquant».
En terminant, M. Gaillard s'élève contre les campagnes de presse qui, dit-il, ont brisé sa carrière et ont amené son départ de la Comédie-Française.
M. le président Thorel intervient : «Ces campagnes, dit-il, ont été faites contre la cocaïne; elles sont utiles et nécessaires.»
Enfin, Mme Philippi proteste avec indignation contre les poursuites et contre les rapports de police qui constatent qu'elle sortait de chez M. Gaillard lorsque Mme Boutry s'est présentée pour chercher la drogue.
Un inspecteur de police déclare que, s'il a eu la conviction que Mme Philippi avait apporté la cocaïne à M. Gaillard, il n'en avait pas eu la preuve, dès lors l'acquittement de Mme Philippi était assuré.
MM. Grison, Pierre Wolf, de Porto-Riche et Silvain sont venus faire l'éloge de M. Gaillard.
Après le réquisitoire et les plaidoiries de M. le bâtonnier Henri-Robert et de MMes Paul-Boncour, Izouard et Campinchi, le tribunal a acquitté Mme Philippi et condamné M. Roger Gaillard à 6.000 francs d'amende et Mme Boutry à 4.000 francs d'amende.


Roger Gaillard


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