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Le Petit Parisien - 12 mars 1925


POUR ET CONTRE

Mme X..., qui adore son mari, va donc divorcer... La petite Mme Z..., qui adore également son mari, va divorcer itou. On annonce des divorces de tous côtés. Mme Y... a déclaré à son avocat
Non! Non! ma décision est irrévocable... J'aime trop mon mari, j'aime trop mes enfants pour ne pas briser mon ménage!...
Divorçons!... La vieille pièce de Sardou va redevenir à la mode et j'espère qu'on va la monter, ce printemps, sur une de nos scènes subventionnées... Et nous lirons dans les chroniques mondaines :
«M. et Mme Du Pont ont donné, hier, une brillante réception à l'occasion de leur récent divorce. On a beaucoup félicité les deux ex-époux qui partent aujourd'hui pour la Riviera, où ils comptent passer leur lune de divorce».

Ce n'est pas, hélas ! une plaisanterie. On annonce effectivement, déjà, quelques divorces. Et ces divorces sont dus, non point à de pénibles scènes de ménage, non plus à de coupables infidélités, mais seulement à certaine petite disposition de la loi qui a été votée récemment par la Chambre. Cette insidieuse disposition de loi tend, on le sait, à rendre l'épouse responsable en matière fiscale des manquements ou des erreurs de son mari.
Alors Mme X... et Mme Z... et beaucoup d'autres mères de famille sont déjà affolées... Elles ne veulent, certes, point frauder le fisc... Mais elles n'entendent rien aux affaires de leurs maris et ne sont au courant de rien... Et elles se voient déjà dépouillées de tous leurs biens, de tous les biens qui leur appartiennent en propre à la suite de sombres aventures à la fois maritales et fiscales... Elles s'affolent... Et pour mettre à l'abri leurs biens et surtout le bien de leurs enfants, pour être bien certaines de ne pas être exposées à être jetées à la rue, elles et leurs enfants, sans rien, elles recourent à l'ultime ressource, au divorce...
Ainsi, elles n'auront pas à supporter la responsabilité éventuelle des erreurs ou des fautes de leurs maris…

Nos législateurs, évidemment, n'avaient pas prévu ces complications. Ils n'avaient pas prévu le divorce pour cause d'incompatibilité fiscale!
Première moralité : Une loi qui fait peur risque toujours d'être une loi vaine... Les gens se sauvent et la loi reste en plan...
Deuxième moralité: Les pilules, même fiscales, ne doivent pas dépasser certaines dimensions. Sinon personne ne veut les avaler... La perspective de mourir étouffé est, en effet, une triste perspective...

Maurice PRAX.
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