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L'Oeuvre - 17 mars 1925


L'AGITATION CLÉRICALE EN ALSACE
LA GRÈVE SCOLAIRE ne donne pas les résultats qu'en attendaient ses promoteurs

Un projet de suppression du haut-commissariat d'Alsace et de Lorraine avait été annoncé et préparé depuis longtemps. II avait provoqué chez certains intéressés des protestations énergiques mais courtoises, dépourvues de cette affreuse passion dont quelques députés alsaciens ont fait preuve l'autre jour en hachant d'interruptions le discours de leur collègue Peirotes. Mais ce projet était un projet de M. Poincaré
Un autre projet prévoyait pour l'été dernier l'introduction de l'école interconfessionnelle dans les villes d'Alsace qui avaient manifesté la ferme volonté d'accueillir cette réforme. Cela n'avait soulevé aucun tollé. Mais le projet était un projet de MM. Colrat et Poincaré.
En faut-il plus pour montrer quelles sont les arrière-pensées politiques des protestataires d'aujourd'hui ? Ce qu'ils auraient accepté des mains de Poincaré, ils le refusent des mains d'Herriot.

Ne croyez pas, d'ailleurs, qu'ils s'en cachent! Le Journal de l'Est nous avoue tout de go que l'école interconfessionnelle eût été pour lui, avant le 11 mai, «l'application exacte à l'enseignement primaire, de la formule employée sans aucun trouble dans l'ensemble des lycées et établissements secondaires publics de France, y compris ceux d'Alsace et de Lorraine» Mais, «après le 11 mai, les milieux religieux y voient une menace précise à leur vie spirituelle, et une «entorse» à la règle du jeu ».

Quelle est donc, dites-vous, la règle du jeu ?
Oh! la règle du jeu est bien simple. Elle consiste, pour les chefs cléricaux alsaciens, en ceci :
« Vous oubliez systématiquement le passé. Vous avez beau (comme l'abbé Muller) avoir proclamé, la main dans la main de Guillaume II, l'indissoluble fusion de l'Alsace dans l'unité allemande. Vous avez beau (comme M. Delsor) avoir écrit qu'en prenant le chemin de la France, en septembre 1914, «M. l'abbé Wetterlé avait pris le chemin de l'infamie». Vous passez vous-mêmes l'éponge sur tout cela. Vous vous affirmez les meilleurs, les seuls veritables Français d'Alsace. Vous assurez que votre plus cher désir est l'assimilation de l'Alsace à la France, mais qu'il y faut du temps et que cela demande des étapes. Puis, dès que quelqu'un fait mine de franchir la moindre de ces étapes. vous criez comme des putois. Et, si l'on n'a pas l'air de tenir compte de vos cris, vous déclarez qu'on enfreint la règle du jeu.»
Voilà!
La règle du jeu, c'est aussi, n'est-ce pas ? Sous le prétexte faux que le gouvernement viole la loi, de la violer soi-même catégoriquement en décrétant, par exemple, la grève scolaire. La sage population alsacienne, par bonheur, et comme nous en étions sûrs, se refuse à suivre les meneurs. La grande majorité des élèves catholiques a pris, hier matin, ses livres et ses cahiers pour aller à l'école.
C'est un «accident» que nos abbés politiciens n'avaient sans doute pas prévu dans la règle de leur jeu…

Jean Piot

Dans le Bas-Rhin

Strasbourg, 16 mars (de notre correspondant particulier). Voici donc terminée cette journée où le «peuple chrétien d'Alsace» devait, au cours d'une formidable manifestation, démontrer son inébranlable volonté de ne pas accepter l'école interconfessionnelle. Disons-le tout de suite, les espoirs des organisateurs de la grève des enfants ont été déçus. Dans les villes notamment, les Alsaciens ont, pour la majeure partie, refusé de se soumettre à l'ukase de Mgr Ruch, de MM. Michel Wa!ter et consorts, et l'impression générale qui se dégage des faits est que l'appel à la violence de ceux que l'on appelle maintenant à Strasbourg «les bolchevistes noirs», n'a donné que de bien faibles résultats.
Ce ne sont pas pourtant les efforts des agitateurs qui faisaient défaut. Dès samedi, les fidèles, que depuis une quinzaine de jours les journaux du consortium clérical stimulaient tout doucement, étaient soumis à un véritable bombardement. Tous les moyens étaient bons pour surexciter les gens. Les curés, les sœurs et les hommes de confiance allaient de maison en maison, pour exhorter les parents à obéir aux ordres de Mgr Ruch. Hier, des milliers de tracts étaient distribués à la sortie des églises et portés dans des maisons particulières. Ce matin, les journaux cléricaux faisaient un dernier appel à la désobéissance aux lois en imprimant, en grosses lettres, qu'il fallait se moquer des ordres des préfets et fonctionnaires...
Les résultats prouvent que les organisateurs ont gaspillé beaucoup de temps et encore plus d'argent. Dans les campagnes, et particulièrement dans le Haut-Rhin, les villages, catholiques ont vu un nombre assez considérable d'élèves se dispenser de s'asseoir sur les bancs des écoles. Et pourtant, on s'attendait à beaucoup plus. Dans les villes, les résultats sont profondément décourageants pour les semeurs de discorde. A Colmar, ville où domine l'élément catholique, 30 % à peine des élèves manquaient à l'école. A Strasbourg, en tout 17% des élèves des écoles confessionnelles doivent être considérés comme «grévistes».
On peut dire qu'en général le Bas-Rhin a mollement répondu aux ordres du prince de l’Église. N'oublions pas que dans les écoles secondaires il n'y a, dans le Bas- Rhin, aucune défection. A Colmar, il y a dans cette catégorie, à peu près 10 % de grévistes.
On peut dire, en résumé, que les cléricaux, même si demain ils publient des bulletins de victoire, ont tenté une expérience qui n'a pas réussi.

Le nombre des grévistes à Strasbourg

Voici, d'autre part, la statistique établie par la section de l'instruction publique de I’Hôtel de Ville : Il est intéressant de faire remarquer que tous les établissements secondaires n'ont noté aucune défection et que dans toutes les écoles protestantes les élèves étaient à leur poste. Voici les chiffres des écoles primaires confessionnelles: catholiques 31,5 % de grévistes, écoles primaires interconfessionnelles 20% de grévistes ; écoles moyennes interconfessionnelles 1,1 % de grévistes.
A la campagne les chiffres sont, bien entendu, plus élevés.

Une résolution du Conseil municipal de Strasbourg,

16 mars. Le Conseil municipal a adopté cet après-midi la résolution suivante : Le Conseil municipal est heureux de prendre connaissance du fait que le président du Conseil permet l'introduction, par voie légale, de l'école interconfessionnelle. Il condamne, de la façon la plus catégorique, l'attitude illégale de certains députés du Bloc National et réprouve l'appel excitateur et déloyal à la population de l'évêque de Strasbourg. Fidèle à son passé et à ses traditions démocratiques, le Conseil municipal de Strasbourg exprime son ferme attachement aux principes et aux lois de la République.

Comme suite à cette résolution, le maire communique l'information suivante : La grève scolaire provoquée d'une facon illégale, a eu comme résultat qu'en tout 17,7 % des élèves des écoles en question y ont manqué ce matin.

Une brute

Strasbourg, 16 mars. Un incident s'est produit à Strasbourg, devant une école où un curé essayait de dissuader les parents d'amener leurs enfants. D'autre part, à Meyersheim (Bas-Rhin), les parents du jeune Charles Fauvelle, âgé de 12 ans, ont porté plainte à la gendarmerie pour coups et blessures portés à leur enfant, contre l'abbé François Guth, curé de la paroisse. Un docteur, mandé aussitôt, a délivré un certificat médical de l'état de cet enfant. L'abbé Guth aurait reconnu avoir corrigé Charles Fauvelle à l'aide d'un bâton, en manière de punition corporelle.

Dans le Haut-Rhin Colmar,

16 mars. La grève scolaire est loin de donner les résultats que les organisateurs en attendaient. L'action exercée par la police, les instituteurs et les fonctionnaires, se fait fortement sentir.
Comme dans le Bas-Rhin, il n'y a aucune défection dans les écoles protestantes. Dans les écoles catholiques, des défections pouvant aller jusqu'à 40 % ont été enregistrées, mais les chiffres exacts ne sont pas encore connus. On ne pourra d'ailleurs en juger définitivement que dans 24 heures, l'ordre de grève pour Colmar étant donné pour trois jours. Les journaux cléricaux continuent à exhorter les fidèles à suivre l'ordre de l'évêque. On y lit en grands caractères les paroles suivantes : «Parents catholiques, ne vous laissez pas intimider par les préfets et les menaces. Montrez aux francs-maçons que vous êtes des Alsaciens de caractère. Si vous restez unis, vous serez invincibles.» Aucun incident n'est signalé.

Deux appels du comité de grève

Colmar, 16 mars. Le comité de grève a lancé ce matin deux appels, l'un aux «parents catholiques», l'autre aux maires d'Alsace. Le premier promet que les amendes seront éventuellement payées par «tous les catholiques d'Alsace et de France» qui se sont engagés à apporter au mouvement leur aide financière. Le second rejette sur le gouvernement toute la responsabilité du conflit, invite les maires à refuser de suivre les instructions des sous-préfets et déclare que si ceux-ci ne sont pas contents «ils n'ont qu'à retourner là d'où ils sont venus».

Entraves à la liberté scolaire Mulhouse, 16 mars. - Le mouvement de grève scolaire s'est diversement manifesté selon les écoles. Dans certaines, il y a eu ce matin 80% de manquants, dans d'autres seulement 20 %. Cet écart résulte, à n'en pas douter, de la garde vigilante montée près de certaines écoles par des mères d'élèves et des «grands» des écoles chrétiennes qui ont fait rebrousser chemin aux enfants venus en classe sans être accompagnés. La police a dressé plusieurs procès-verbaux pour entraves à la liberté scolaire. On ne signale aucun incident. Dans la campagne du Haut-Rhin, les absences paraissent nombreuses. On signale 75 % à Ribeauvillé, 65 % à Colmar- Campagne, 50 % environ à Thann et à Guebviller, 40 %, à Altkirch.

M. Herriot reçoit une délégation d'instituteurs

Une délégation du Syndicat National des Instituteurs composée de MM. Roussel, Glay, Boulanger, a exposé à M. Herriot, président du conseil, différentes questions relatives à la situation scolaire dans les départements recouvrés d'Alsace-Lorraine.
L'attention du président du Conseil a particulièrement été retenue sur diverses revendications avant trait à la situation matérielle et administrative du personnel de l'enseignement et des fonctionnaires dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle.
Application de l'article 3 du projet de loi portant suppression du commissariat général et représentation à la commission paritaire des syndicats affiliés à la Fédération nationale.
Modification à apporter à la législation fiscale en Alsace et Lorraine.
Décret du 8 août 1924 réglementant l’introduction du Conseil départemental. Situation du personnel exerçant dans les régions dévastées des trois départements.
Mesures de reclassement et de remboursement en faveur du personnel rentrant a l'intérieur.
Application de la loi Roustan dans les trois départements.

Enfin, la délégation a exposé le point de vue du Syndicat National et de ses sections d'Alsace-Lorraine composées de membres du personnel des deux cadres unis dans un même désir de rapide et complète assimilation de l'Alsace à la France ce qui concerne l'application des lois laïques scolaires, amorcée par les dispositions récentes visant l'établissement de l'école interconfessionnelle dans les localités ayant demandé ce premier acheminement vers les lois laïques qu'elles désirent.
Le président du Conseil a remercié la délégation et l'a priée de transmettre ses félicitations aux instituteurs et institutrices publics qui, avec tant de dévouement défendent et propagent, dans les départements recouvrés, les principes libéraux de l'école française.

La Grève scolaire en Alsace et l'école interconfessionnelle


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