| L'Oeuvre - 17 mars 1925 |
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L'AGITATION CLÉRICALE EN ALSACE Un projet de suppression du haut-commissariat d'Alsace et de Lorraine avait été annoncé et préparé depuis longtemps. II avait provoqué chez certains intéressés des protestations énergiques mais courtoises, dépourvues de cette affreuse passion dont quelques députés alsaciens ont fait preuve l'autre jour en hachant d'interruptions le discours de leur collègue Peirotes. Mais ce projet était un projet de M. Poincaré Ne croyez pas, d'ailleurs, qu'ils s'en cachent! Le Journal de l'Est nous avoue tout de go que l'école interconfessionnelle eût été pour lui, avant le 11 mai, «l'application exacte à l'enseignement primaire, de la formule employée sans aucun trouble dans l'ensemble des lycées et établissements secondaires publics de France, y compris ceux d'Alsace et de Lorraine» Mais, «après le 11 mai, les milieux religieux y voient une menace précise à leur vie spirituelle, et une «entorse» à la règle du jeu ». Quelle est donc, dites-vous, la règle du jeu ? Jean Piot Dans le Bas-Rhin Strasbourg, 16 mars (de notre correspondant particulier). Voici donc terminée cette journée où le «peuple chrétien d'Alsace» devait, au cours d'une formidable manifestation, démontrer son inébranlable volonté de ne pas accepter l'école interconfessionnelle. Disons-le tout de suite, les espoirs des organisateurs de la grève des enfants ont été déçus. Dans les villes notamment, les Alsaciens ont, pour la majeure partie, refusé de se soumettre à l'ukase de Mgr Ruch, de MM. Michel Wa!ter et consorts, et l'impression générale qui se dégage des faits est que l'appel à la violence de ceux que l'on appelle maintenant à Strasbourg «les bolchevistes noirs», n'a donné que de bien faibles résultats. Le nombre des grévistes à Strasbourg Voici, d'autre part, la statistique établie par la section de l'instruction publique de I’Hôtel de Ville : Il est intéressant de faire remarquer que tous les établissements secondaires n'ont noté aucune défection et que dans toutes les écoles protestantes les élèves étaient à leur poste. Voici les chiffres des écoles primaires confessionnelles: catholiques 31,5 % de grévistes, écoles primaires interconfessionnelles 20% de grévistes ; écoles moyennes interconfessionnelles 1,1 % de grévistes. Une résolution du Conseil municipal de Strasbourg, 16 mars. Le Conseil municipal a adopté cet après-midi la résolution suivante : Le Conseil municipal est heureux de prendre connaissance du fait que le président du Conseil permet l'introduction, par voie légale, de l'école interconfessionnelle. Il condamne, de la façon la plus catégorique, l'attitude illégale de certains députés du Bloc National et réprouve l'appel excitateur et déloyal à la population de l'évêque de Strasbourg. Fidèle à son passé et à ses traditions démocratiques, le Conseil municipal de Strasbourg exprime son ferme attachement aux principes et aux lois de la République. Comme suite à cette résolution, le maire communique l'information suivante : La grève scolaire provoquée d'une facon illégale, a eu comme résultat qu'en tout 17,7 % des élèves des écoles en question y ont manqué ce matin. Une brute Strasbourg, 16 mars. Un incident s'est produit à Strasbourg, devant une école où un curé essayait de dissuader les parents d'amener leurs enfants. D'autre part, à Meyersheim (Bas-Rhin), les parents du jeune Charles Fauvelle, âgé de 12 ans, ont porté plainte à la gendarmerie pour coups et blessures portés à leur enfant, contre l'abbé François Guth, curé de la paroisse. Un docteur, mandé aussitôt, a délivré un certificat médical de l'état de cet enfant. L'abbé Guth aurait reconnu avoir corrigé Charles Fauvelle à l'aide d'un bâton, en manière de punition corporelle. Dans le Haut-Rhin Colmar, 16 mars. La grève scolaire est loin de donner les résultats que les organisateurs en attendaient. L'action exercée par la police, les instituteurs et les fonctionnaires, se fait fortement sentir. Deux appels du comité de grève Colmar, 16 mars. Le comité de grève a lancé ce matin deux appels, l'un aux «parents catholiques», l'autre aux maires d'Alsace. Le premier promet que les amendes seront éventuellement payées par «tous les catholiques d'Alsace et de France» qui se sont engagés à apporter au mouvement leur aide financière. Le second rejette sur le gouvernement toute la responsabilité du conflit, invite les maires à refuser de suivre les instructions des sous-préfets et déclare que si ceux-ci ne sont pas contents «ils n'ont qu'à retourner là d'où ils sont venus». Entraves à la liberté scolaire Mulhouse, 16 mars. - Le mouvement de grève scolaire s'est diversement manifesté selon les écoles. Dans certaines, il y a eu ce matin 80% de manquants, dans d'autres seulement 20 %. Cet écart résulte, à n'en pas douter, de la garde vigilante montée près de certaines écoles par des mères d'élèves et des «grands» des écoles chrétiennes qui ont fait rebrousser chemin aux enfants venus en classe sans être accompagnés. La police a dressé plusieurs procès-verbaux pour entraves à la liberté scolaire. On ne signale aucun incident. Dans la campagne du Haut-Rhin, les absences paraissent nombreuses. On signale 75 % à Ribeauvillé, 65 % à Colmar- Campagne, 50 % environ à Thann et à Guebviller, 40 %, à Altkirch. M. Herriot reçoit une délégation d'instituteurs Une délégation du Syndicat National des Instituteurs composée de MM. Roussel, Glay, Boulanger, a exposé à M. Herriot, président du conseil, différentes questions relatives à la situation scolaire dans les départements recouvrés d'Alsace-Lorraine. Enfin, la délégation a exposé le point de vue du Syndicat National et de ses sections d'Alsace-Lorraine composées de membres du personnel des deux cadres unis dans un même désir de rapide et complète assimilation de l'Alsace à la France ce qui concerne l'application des lois laïques scolaires, amorcée par les dispositions récentes visant l'établissement de l'école interconfessionnelle dans les localités ayant demandé ce premier acheminement vers les lois laïques qu'elles désirent. |
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