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APRÈS LA CATASTROPHE DE SAINT-BENOIT Les ingénieurs du Paris-Orleans attendaient la catastrophe
On savait Sur le réseau d'Orléans, disions-nous hier, qu'une catastrophe était fatale. La confidence reçue à ce sujet par M. Franck, secrétaire général de l'Union Syndicale des Techniciens (U.S.T.I.C.A.), et qu'il nous transmet, en apporte une preuve supplémentaire :
Monsieur, Pour appuyer votre argumentation au sujet du mauvais état des voies sur le P.-O., je tiens à vous apporter, non seulement mon témoignage, mais le témoignage d'un ingénieur de la Compagnie, avec lequel j'ai voyagé entre Bordeaux et Paris, après la catastrophe de Saint-Benoît. Il est d'abord de notoriété publique que l'état des voies sur la ligne Paris-Bordeaux est déplorable. Depuis de nombreux mois, pour quiconque a voyagé, notamment dans le rapide Paris-Bordeaux partant de Paris à 19 h. 10, il est quasi impossible de prendre un repas dans un wagon-restaurant placé en queue du train et soumis à des secousses violentes entre Paris et Tours. Dans une autre section de la voie, entre Bordeaux et Poitiers, de nombreux affaissements se produisent lors du passage des wagons; chaque boggie semble tomber dans un trou. La situation, d'ailleurs, est connue puisque, m'a déclaré l'ingénieur en question, les rapports des mécaniciens signalent depuis longtemps cette situation. Il sera donc, je pense, facile aux enquêteurs de faire saisir au service de la traction ces rapports qui démontreront avec certitude que les responsables sont ceux qui, cherchant avant tout à verser des dividendes à leurs actionnaires, négligent, malgré les augmentations de tarifs des transports, d'assurer une sécurité élémentaire en entretenant les voies. Nous ajouterons que votre argumentation, en ce qui concerne la nécessité d'aumenter le poids des rails, est tout à fait exacte. Les Compagnies de chemin de fer, depuis quelques années, augmentent d'une façon considérable le poids du matériel et, par conséquent, le poids par essieu, alors que le renforcement de la voie n'est pas fait en proportion. Il ne suffit pas, en effet, de remplacer des rails de 40 à 45 kilos par des rails de 50 à 55. C'est une condition nécessaire, mais insuffisante. C'est toute l'assise de la voie qui est à réétudier et à modifier. Étant donné, en effet, les masses en mouvement sur les locomotives modernes, il importe, non seulement que les rails puissent résister à la rupture, mais encore que la voie ne se déplace pas dans les mouvements de lacets que même la présence de boggies ne parvient pas à supprimer complètement. C'est sans doute un gros travail à entreprendre, tant au point de vue technique qu'au point de vue économique, mais c'est une étude indispensable, si l'on ne veut pas voir les catastrophes de chemin de fer se renouveler d'autant plus fréquemment que le poids du matériel s'accroîtra. Veuillez, etc.
Le secrétaire général, FRANCK.
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