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L'Œuvre - 05 avril 1925


L'abondance de la production devrait faire baisser le prix de la vie. Mais…
Le maquereau « donnait » tellement ces jours-ci, dans la baie de Douarnenez, que les usines n'arrivaient pas à traiter tout le poisson débarqué. Cette abondance a, bien entendu, amené la baisse des prix. Pour les faire remonter, les pêcheurs ont jeté par-dessus bord une grande quantité du poisson et ont pris, à l'unanimité, la décision de ne plus amener à terre que 700 maquereaux par bateau. Telle est la nouvelle qu'on a pu lire dans l’Œuvre il y a trois ou quatre jours. Moralité si nous voulons manger des conserves de maquereau, nous continuerons à les payer très cher.
Je sais bien qu'il faut que les pêcheurs vivent. Mais que devient avec cette pêche limitée et rejetée par-dessus bord quand la mer a été trop généreuse, que devient la théorie de l'abondance de la production qui doit faire baisser le prix de la vie? En réalité, le malthusianisme de la production est partout brutalement ou savamment organisé. On ne peut pas échapper aux conséquences de la loi économique de l'offre et de la demande. Alors, on fait tout pour raréfier l'offre et les prix remontent. Tant que nous en serons à cette conception, la vie sera de plus en plus chère.
Pour en revenir au maquereau rejeté à l'eau, il y a là un véritable scandale. Ne pouvait-on utiliser ce poisson en l'expédiant sur Paris? Il aurait été le bienvenu aux Halles. Je me trompe : il aurait fait baisser le cours et une catastrophe pareille doit être écartée du pavillon du poisson. La dépêche publiée par l’Œuvre ajoutait d'ailleurs que les pêcheurs n'avaient rejeté leur poisson à l'eau que parce que les usiniers ne voulaient pas payer le cent plus de 30 francs. A ce compte-là, le prix de la boîte de maquereaux de Douarnenez devrait baisser. Baissera-t-il ? Je reste, à cet égard, tout à fait sceptique.
Après l'histoire des maquereaux bretons, voici une histoire d'huîtres dont personne n'a encore parlé et qui me vient de Granville. La pêche des huîtres est sévèrement réglementée et les bateaux qui s'y livrent ne peuvent sortir qu'un certain nombre d'heures par an. On évite ainsi le dépeuplement des bancs. Or cette année, toute la pêche a été achetée par des marchands en gros, qui exigent la livraison intégrale des huîtres ramenées du large. J'ai essayé de faire venir de Granville quatre ou cinq douzaines d'huîtres toutes fraîches pêchées. C'est impossible. Les Granvillais eux-mêmes en sont privés. Ils mangent des portugaises qui, il y a peu de temps, étaient encore inconnues dans le pays. Les huîtres ont été payées par les grossistes aux pêcheurs granvillais 280 francs le mille, me dit-on. Combien vont-elles être revendues aux malheureux consommateurs ? Encore une question qui a son intérêt. -
HENRI GÉROULE.
L Oeuvre 1925 04 05 l'abondance de la production devrait faire baissser le coût de la vie mais...


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