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LE RÉGIME CAPITALISTE ET LE COLLECTIVISME:
« On a fait bien souvent le tableau de l'anarchie capitaliste: il suffit pour la caractériser d'un mot de constater que, dans ce régime, il n'y a de sécurité pour personne. Agriculteurs, commerçants, industriels, travailleurs intellectuels comme travailleurs manuels, sont livrés à tous les hasards. Mais c'est de cet excès même du mal que va jaillir le salut. « Le collectivisme, j'ai prononcé ce mot plein d'horreur, dont l'incantation magique doit faire se dresser contre nous les millions de travailleurs des villes et des champs que le socialisme ne suffit décidément plus à apeurer... Sous la double influence des progrès de la science, dont le développement du machinisme n'est que la traduction pratique, et de la concentration des capitaux, nous assistons à l'expropriation des petits propriétaires, à la dissociation du travail et de la propriété, à la constitution d'une féodalité nouvelle qui, accumulant entre ses mains la propriété des instruments de production, deviendrait, par une lente mais implacable progression, la maîtresse absolue de la vie économique, politique et morale du peuple tout entier réduit par elle à cette forme moderne de l'esclavage qui s'appelle le salariat. Eh bien ! le collectivisme proclame que le salariat ne sera pas plus éternel que ne l'ont été ces modes antérieurs de la servitude qui se sont appelés l'esclavage et servage... « Citoyens, je lève mon verre à l'union du parti socialiste, à la conquête par le socialisme des pouvoirs publics, au triomphe de la République sociale ! »
A. MILLERAND. 31 mai 96 (Discours au banquet des municipalités socialistes.)
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