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Le Figaro - 05 avril 1925


Le joli page de Balzac
Mme Marbouty
Mme Arsène Arüss va publier ces jours-ci, chez l'éditeur Chiberre, un livre où elle collecte les relations de Balzac avec une petite provinciale qu'il a aimée et qui devait prendre place dans son œuvre sous le nom de : la Muse du département ».
Le grand écrivain l'emmena avec lui, sous un déguisement masculin, dans son premier voyage en Italie, en 1834. De cet ouvrage, nous extrayons ces quelques pages:
Balzac ne partit point seul, une femme l'accompagna; un joli page. Elle le suivit pour sa malchance; désormais, elle allait entrer dans les hauts et les bas, les rayons et les ombres effarants où se mouvait Balzac lui-même : elle le suivit, on peut dire à la vie et à la mort, car on la déterre chaque jour, et on la lapide à nouveau chaque soir.
Le joli page se nommait Mme Marbouty, née Caroline-Sophie-Julie Pénifiaud, d'excellente famille berrichonne. Par sa mère, elle se rattachait aux La Coste cités dans l'armorial de Bourges à la date de 1700. Elle en prenait volontiers le nom, et goûtait fort qu'on l’appelât Mme de Marbouty. Née en 1803, elle mourut en 1883, à l'âge de quatre-vingts ans. On la maria très jeune à Jacques Marbouty, greffier des tribunaux de Limoges. Deux filles naquirent de cette union.
Mme Marbouty était charmante. On en a le témoignage non seulement par Balzac qui l'a dépeinte dans une de ses œuvres, la disant un ange de grâce et de beauté; mais, aussi, par la description qu'en donne M. René Laruelle, l'érudit collectionneur de portraits et biographies féminines. Il l'a connue vers 1878 ou 1880, époque où Mme Marbouty avait dépassé soixante-seize ans.
Elle avait dû, dit M. René Laruelle, être séduisante; ses cheveux blancs encadraient deux grands yeux noirs fort beaux, très fendus, dont les paupières avaient cette particularité qu'étant un peu dilatées vers les tempes, cela lui donnait un air effarouché; détail physiologiquement assez bizarre, elle affirmait quand il y avait, pour une cause quelconque, rixe ou querelle sanglante, se trouver mal, et s'il s'agissait d'une bataille ou le sang était répandu grandement, tomber presque en catalepsie. »
Amie de Jules Sandeau et de George Sand, Mme Marbouty, pour ce voyage en Italie (caprice, commodité ou désir d'anonymat) revêtit le costume masculin et, déguisée de la sorte, en petit jeune homme, Balzac la mena partout avec lui. Il la présenta, sous le nom de « Marcel» chez la comtesse de Saint-Thomas et chez la comtesse Maffei, où la beauté de ce page ne passa pas inaperçue. Le comte Sclopis de Salerano, célèbre homme d’État piémontais, adresse à Balzac une lettre d'adieu, terminée par ces mots: « Je vous prie de ne point m'oublier auprès de votre charmant compagnon de voyage, notre sexe n'oserait sérieusement le revendiquer de peur de le perdre dans l'autre ; dites-lui bien qu'il nous éclaircisse ce mystère, soit qu'on l'attribue au dévouement ou à l'indépendance, il ne fait qu'exciter plus vivement notre attention; si vous ne dédaignez pas cette attention, nous aurons. le mot de l'énigme. »
Arsène Arüss.

Caroline Marbouty


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