| Le Funi - 12 avril 1925 |
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Antiquités... de Cuisine!
On raconte qu'un négociant de Besançon découvrit un jour chez un antiquaire un huilier nanti de ses deux flacons, l'un portant gravé la lettre V; l'autre la lettre H.
On sait que Victor Hugo est né à Besançon et de ce fait, notre négociant eut soudain l'idée qu'il se trouvait en présence d'un huilier ayant appartenu à l'illustre poète français. Sans tarder, il acheta l'objet et l'offrit aussitôt au Musée Victor Hugo, appuyant ce don royal d'une lettre émue se terminant ainsi : « J'ai payé l'huilier du Maître au poids de l'or, je ne le regrette pas, mes moyens me le permettent » Ce fut l'exécuteur testamentaire de Victor qui reçut ce don, il l'examina, et répondit à l'envoyeur les quelques lignes suivantes : « J'ai reçu votre huilier, il est confortable, pratique et d'un cubage normal. Toutefois, les lettres V. et H. ornant séparément chaque flacon ne veulent pas dire Victor Hugo. Elles signifient simplement Huile et Vinaigre. Le Musée ne trouve pas l'emploi de votre don, mais je pense que ma cuisinière pourra l'utiliser. Or, la même aventure advint un jour à l'un des membres de l'Académie des Inscriptions: on avait soumis à son examen un curieux petit pot portant ces quatre initiales majuscules:
M. J. D. D. A force de patientes recherches le savant parvint à opérer cette lumineuse restitution : « Magno Jovi deorum deo » (Au grand Jupiter, dieu des dieux) Ce pot n'a jamais été consacrée à Jupiter, lui dit son interlocuteur. Il porte tout simplement ces mots :
Moutarde jaune de Dijon.
Le savant membre de l'Institution trouva la plaisanterie de mauvais goût.
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| Retour - 12 avril 1925 |







































































