| Le Petit Parisien 23 novembre 1924 |
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PIETRO MAZZINI PIANISTE DE SEPT ANS A JOUÉ HIER A PARIS De grands yeux noirs, trous de lumière sous le front bombé, un souple visage qu'avive le désordre des boucles brunes, le costume de velours tendre, voici Pietro Mazzini, infant de contes bleus. Il a sept ans ou presque. Il est né à Charbonnières-les-Bains pendant la guerre, le 12 décembre 1917. La fée de la musique s'est penchée sur ses plus jeunes ans. Le 22 novembre 1919, il apprenait les notes. Trois mois plus tard, il laissait courir sans effort ses mains sur le piano. Et, en mai 1920, il débutait triomphalement au théâtre Fémina. L'enfant prodige avait, en un an, pris rang parmi les grands virtuoses. Pietro Mazzini n'est pas cet enfant chétif et pâle que l'on imagine volontiers quand on parle des petits phénomènes. Il ne s'extasie pas sur son art, qu'il aime bien cependant. Mais il tient à garder la gaité qui est l'apanage de ses sept ans. S'il étudie trois heures par jour les maîtres de la musique ancienne et moderne, s'il met toute sa jeune âme à percer le mystère des sons, à deviner dans le rythme le sentiment qui le créa, Pietro Mazzini sait s'échapper des gammes pour le dessin ou les plus humbles jouets. Il adore les crayons, les fusains qui, tout à l'heure, traînaient sur sa table, après son récital du théâtre Fémina. Et il se plaît à colorier un paysage ou une nature morte lorsque, Beethoven abandonné, le petit virtuose n'est plus qu'un bambin qui s'amuse... Pietro Mazzini me tend la main en riant. Mais il connaît les journalistes. Et, comme il pressent que je vais l'interroger, il fait lui-même les questions et les réponses. Ce que j'aime, monsieur ? Beethoven, encore Beethoven, toujours Beethoven. Parce qu'il est grand, très grand. Et puis Chopin pour sa rêverie, Mozart pour sa légèreté. J'aime aussi Debussy. On dit que je le connais bien. Entre nous, ce n'est pas vrai. Je le comprends, mais je ne le connais pas. Je joue de lui un seul morceau. Tandis que Fauré... la Berceuse... Cet après-midi, je l'ai jouée en bis. On voulait encore quelque chose. Alors j'ai pensé à Fauré. J'ai voulu lui donner mon petit hommage personnel. Il paraît qu'on a trouvé ça très bien... Voilà ce qu'aime cet enfant. Et aussi les animaux articulés... Ah ! oui, ceux-là, il les traite en vrais frères ! Le soir, il s'endort avec eux. Et, tout à l'heure, un drame risqua d'éclater, à cause d'un chien, le doux Zozor, petite merveille en peluche, au cou serré par un si joli nœud rose ! Zozor a été oublié en automobile! Zozor n'a pas entendu Pietro et pas davantage Beethoven, Fauré et Debussy. On a eu beaucoup de peine à sécher les larmes du petit virtuose. Mais, tout de même, il a voulu se montrer un homme. Refoulant son chagrin, il a joué. Il a été acclamé. On lui a donné des jouets, des bonbons, une belle médaille. Il était content. Mais, comme je me retirais, le petit prodige, qui est un si grand pianiste, s'est tourné vers moi. Et, délaissant un moment encore l'ombre des maîtres, il m'a très simplement demandé Maurice Bourdet.
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