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Les Nouvelles de Versailles - 22 février 1925


Georges Victor-Hugo petit-fils du poète

Georges Victor-Hugo écolier

La mort de Georges Hugo, qui vient de disparaître discrètement, âgé de cinquante-six ans (1868-1925), me rappelle un lointain souvenir de jeunesse : j'ai connu, lorsqu'il n'en avait que dix- sept et demi, l'inoubliable petit-fils de l'auteur de l'Art d'être grand-père; et, depuis, je ne l'ai revu qu'une fois, en 1897 aux obsèques d'Alphonse Daudet.

C'est au printemps de 1886 que le hasard fit de moi son aîné de quatre ans seulement son maître éphémère, son professeur de lettres pour quinze jours, dans la chaire de rhétorique de M. Emile Aublé, à Janson-de-Sailly, où j'accomplissais d'après l'usage, quatre mois avant les épreuves de l’agrégation, mon stage pédagogique de normalien. Le lycée Janson venait d'être ouvert, peu d'années auparavant (la première pierre en fut posée devant Victor Hugo, qui habitait tout proche, et dont nous, avions suivi les funérailles l'année qui précéda ce stage). Georges y terminait alors ses études, sans éclat il faisait partie de cette assez nombreuse classe de rhétorique parisienne, de ce temporaire auditoire, volontiers turbulent avec le professeur ordinaire, que j'affrontais, selon la formule consacrée, avec l'émotion qu'on dit inséparable d'un début.

Les choses se passèrent bien, et nos rapports furent cordiaux. Je revois encore l'adolescent aimable qu'il était devenu, pareil, avec sa tête ronde, un peu forte, sa taille un peu ramassée, ses abondants cheveux bruns, ses yeux superbes, aux portraits d'enfant que tant d'images, tant de cartes postales ont popularisés, ainsi que ceux de sa sœur Jeanne. Il n'était ni fier, ni difficile, mais gardait la tenue correcte, attentive, surveillée, d'un vrai gentleman: en vérité, l'administration, le proviseur (M. Kortz) le considéraient un peu comme tel, et l'on fermait les yeux sur ses absences ou ses retards (il allait déjà dans le monde!). Il travaillait... à ses heures. Peu scholar, il ne goûtait guère, j'imagine, le grec et le latin, mais il réussissait passablement en français. J'eus à corriger une composition: la première de cette longue série (près d'un millier) qui devait me passer sous les yeux au cours de mes trente-neuf ans de carrière universitaire. Il se trouva qu'il fut classé le premier des nouveaux (le premier des vétérans était Guignébert, aujourd'hui excellent professeur en Sorbonne).
En me quittant, il m'offrit gracieusement, avec une dédicace de sa main, un bel exemplaire du Théâtre en Liberté, que j'ai toujours.

On sait la suite. Écrivain amateur, sans prétention, ayant servi dans la flotte, il rédigea ses notes et impressions de jeune matelot, plus des souvenirs sur son illustre aïeul. Il laisse aussi un intéressant album d'estampes et de croquis relatifs à la Grande Guerre, pendant laquelle, engagé volontaire en sa pleine maturité, il se conduisit noblement. A certains égards, il montra une complexion originale, eut des idées personnelles, politiques et religieuses, d'ailleurs à peu près opposées à celles de ses ascendants, une nature un tantinet mélancolique et renfermée. Il n'eut certes point de génie, mais ne manqua pas de talent. Il se contenta de porter avec modestie, avec simplicité, un nom très glorieux, j'allais dire écrasant; mais M. Léon Daudet (1), qui a connu Georges mieux que moi, et qui fait de son ami fraternel un complet éloge, affirme que par ce grand nom il ne fut nullement écrasé. Il eut, en tout cas, le bon goût de ne point s'instituer poète, au lieu de geindre en vain, comme d'autres que nul ne plaint, et qui se désolent à la pensée que jamais la Muse ne leur dira devant la postérité : «Tu Marcellus eris!»

Victor GLACHANT.

Georges Victor-Hugo Tu Marcellus eris


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